Vendredi 26 février 2021 Gary Victor rencontre les élèves du secondaire au CAP

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Esprit rebelle et indépendant, Gary Victor est l’un des écrivains les plus lus en Haïti. Après des études d’agronomie,  il a exercé le métier de journaliste au  NOUVEAU  MONDE  puis au NOUVELLISTE  où il publie plus d’une centaine d’articles sur la culture, la politique et la société , notamment  sa  fameuse chronique « Les pieds dans le plat » suivie par des lecteurs de plus en plus nombreux.

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Auteur au style incisif et puissant, Gary Victor porte un regard satirique sur la société haïtienne  et s’attaque aux racines des maux de l’île dans un style novateur qui mêle imaginaire, humour  et critique politique. Il y développe une réflexion tout à fait nouvelle sur Haïti, prenant souvent à contre-pied  la parole d’une génération d’intellectuels. Il revendique en outre un attachement particulier à l’œuvre des romanciers de la Génération de la Ronde comme Justin Lhérisson et Frédéric Marcelin  dont le regard sur la société haïtienne fut tout aussi subversif.

Gary Victor renouvelle le genre de la Lodyans (audience) et met en scène des personnages qui  par leur dérision et leur distance ironique  portent un regard désabusé sur la société haïtienne. IL explore de façon méticuleuse l’articulation entre la folie personnelle et les délires collectifs sur fond de démission et d’irresponsabilité.

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Albert  Buron  et  Sonson  Pipirit

En 1988 paraît  ALBERT BURON ou PROFIL D’UN HOMME DE L’ÉLITE. Ces « Chroniques d’un leader haïtien comme il faut »  seront à l’origine des sketches radiophoniques diffusés sur les ondes de Radio Métropole à Port-au-Prince, entre 1999 et 2005, sous le titre « La politique de Buron ». Avec plus de 800 sketches, cette émission satirique  va connaître un franc succès .  En 1989 c’est  SONSON PIPIRIT ou PROFIL D’UN HOMME DU PEUPLE, recueil d’audiences et de nouvelles où l’auteur mêle sarcasme et érotisme et  redonne à l’audience –inscrite dans l’oralité haïtienne- une résonance jusque là insoupçonnée.

Il  publie son premier roman CLAIR DE MAMBO, portrait distant et ironique d’Haïti, en 1990. Puis en pleine dictature militaire c’est UN OCTOBRE D’ELYANITZ en 1992 et  l’extraordinaire PISTE DES SORTILÈGES en 1996 : une quête initiatique, une épopée fantastique, traversée des siècles, des mythes et sociétés où se rencontrent personnages politiques et créatures du  vaudou.

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En 1998 c’est LE DIABLE DANS UN THÉ A LA CITRONNELLE  qui est plébiscité par les lecteurs. En 2003 A  L’ANGLE DES RUES PARALLELES  obtient le prix de fiction du Livre insulaire au Salon d’ Ouessant  et fera  l’objet d’une adaptation théâtrale  ANASTASE  mise en scène par le Petit Conservatoire de Daniel  Marcelin.

Suivent   JE SAIS QUAND DIEU VIENT SE PROMENER DANS MON JARDIN  (prix RFO 2004), LES CLOCHES DE LA BRESILIENNE  en 2006 et  BANAL  OUBLI  en 2008 , portrait acide de l’homme politique et réflexion sur les mythes fondateurs d’Haïti et le tabou des relations entre le pouvoir et les sociétés secrètes.

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Après  LE SANG ET LA MER en 2010 (prix Casa de las Americas en 2012),  Gary Victor publie en 2012  MAUDITE  ÉDUCATION , un roman sur la découverte de soi et du sentiment amoureux  et en 2013 COLLIER DE DEBRIS qui revient sur le désastre du séisme et la lutte des survivants pour garder l’espoir.

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Inspecteur  Dieuswalwe  Azémar

Déjà croisé dans LES CLOCHES DE LA BRESILIENNE (2006), SAISON DE PORCS (2009) et SORO (2011) l’inspecteur  Dieuswalwe  Azémar, tafiatè (ivrogne) invétéré traînant son honnêteté comme un vilain défaut , reprend du service en 2O13 avec la publication de CURES ET CHÂTIMENTS où l’auteur s’est inspiré d’un fait réel , la mort suspecte d’un général  brésilien de la mission des  Nations unies présente en Haïti  (MINUSTHA).

« Le drame d’Haïti m’interpelle en premier lieu car il est celui d’une mémoire trafiquée, de l’individu pris au piège d’un collectif dénaturé, porteur constamment d’une tradition  despotique. Il y a aussi une contradiction : celle de la surestimation du moi qui détruit le collectif. » G.V

                                Ensuite Garry Victor  a répondu aux  questions des élèves :

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Vanina: Nous remarquons dans vos œuvres  que plusieurs sujets tabous sont évoqués tels le vodou et l’homosexualité. Est-ce pour vous une façon de « casser » ces tabous et de nous rendre plus ouverts ? Etes-vous optimiste pour l’avenir ?

Gary Victor :Non. Je n’ai pas pensé à casser ces tabous. Ce sont tout simplement des réalités cachées qui peuvent intéresser un écrivain voulant témoigner de la condition humaine.

L’avenir c’est au présent qu’il se construit. Optimiste oui à condition que nous tous nous acceptons de nous engager pour changer les choses.

Taciana: Nous avons ouï-dire que votre écrivaine préférée est Marie Vieux Chauvet. Est-ce toujours le cas? Si oui pourquoi ?

Gary Victor :Marie Vieux Chauvet est effectivement une écrivaine que j’admire énormément. Elle a su décrire des réalités objectives et surtout subjectives avec une délicatesse remarquable.

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Karl Auguste: Dans la  » Piste des Sortilèges » que symbolise la piste ? Que pensez-vous de cette remarque : « Vive de nouveaux modèles masculins pour une république juste et égalitaire entre hommes et femmes?

Gary Victor :La Piste c’est comme le chemin de croix du Christ. Mon héros Persifal s’offre en holocauste pour extirper le mal de ce pays.

Concernant la deuxième question, je crois qu’il faut aussi de nouveaux modèles masculins. Le patriarcat créé des modèles de femmes qui vont reproduire de mauvais modèles masculins. C’est un cercle vicieux qu’il faut ensemble casser.

Il est à noter que  » la piste des sortilèges » a fait de Gary Victor un auteur majeur de la littérature haitienne avec cette épopée fantastique, cette aventure à vous couper le souffle, cette quête initiatique mélant la vie, la mort , le tragique , le rire, Dieu et le Diable.

« A l’angle des rues parallèles » est à ce jour le récit le plus violent, le plus subversif et aussi le plus inquiétant de la littérature haïtienne .Du polar à l’anticipation , cest un véritable pied de nez au réalisme merveilleux.

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Adam: Au vue de l’actualité haïtienne, la plume étant votre arme principale, comment comptez-vous l’utiliser pour aider vos compatriotes à sortir le pays de cette situation  chaotique?

Garry Victor a fait remarquer  qu’ une distinction est à faire entre le merveilleux et le fantastique.Le fantastique s’oppose de facon violente à la réalité.Le merveilleux se construit dans un univers déjà magique .Haiti où les mythes   sont une réalité quotidenne a construit en chaque haitien un monde merveilleux où le surnaturel a sa place.C’est ce qui nourrit son oeuvre littéraire. Cependant , dans le quotidien , l’analyse de la situation politique est rendue difficile par cette frontière peu étanche entre le réel et l’imaginaire.

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Pour cloturer la séance Gary Victor a procédé à une vente signature de son dernier ouvrage : » Aube dossiers interdits »

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A l’issue de cette rencontre Gary Victor a tenu à rendre hommage à la Fondatrice du CAP: Madame Véronique Rossillon.

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