Lundi 12 novembre 2018: Marie Darrieussecq à la salle Professeur Jean Claude au CAP

en collaboration avec l’Alliance Française de Jacmel

DS1

Marie Darrieussecq et Jean-Paul Hirsh avec des élèves de S4

 

Ce lundi 12 novembre 2018 nous avons eu le plaisir d’accueillir au CAP  Marie Darrieussecq et Jean-Paul Hirsh  accompagnés par Sébastien Plot, directeur de l’AFJ. L’écrivaine était de passage en Haïti avec le directeur des éditions P.O.L. à Paris qui publient tous ses livres.

Les élèves de S3 et S4 avaient décoré le tableau pour souhaiter la bienvenue à Marie Darrieussecq  et l’attendaient avec impatience à la salle Professeur Jean Claude.

Marie Darrieussecq

Marie Darrieussecq

 

Marie Darrieussecq est une romancière qui raconte, invente des histoires, contrairement à un courant fort répandu chez les jeunes écrivains de sa génération qui proposent des variations diverses sur leur journal intime ou sur un épisode de leur vie privée. Marie Darrieussecq bâtit des fictions, souvent à partir de thèmes de la littérature classique.

Dès son plus jeune âge, Marie Darrieussecq se rêve écrivaine. Née à Bayonne au Pays basque en France, elle a exercé comme psychanalyste avant de mettre cette activité entre parenthèses.

En effet, dès 1996 elle est propulsée sur la scène médiatique avec la parution de son roman Truismes, best-seller traduit dans une quarantaine de langues. En 2013 elle est lauréate du Prix Médicis pour le roman Il faut beaucoup aimer les hommes.

 DS3

 

Lauréate de l’agrégation de Lettres en 1992  et Docteur ès Lettres en 1997 avec une thèse sur l'autofiction, Marie Darrieussecq  a publié une vingtaine d’œuvres en vingt ans, sans compter ses contributions à des ouvrages d’art ou à des journaux.

De  Truismes  publié en 1996  à  Notre vie dans les forêts  publié en 2017, tous ses livres sont édités chez P.O.L., notamment Naissance des fantômes 1998, Le mal de mer 1999, Le bébé 2002, White 2003, Le pays 2005, Tom est mort 2007, Clèves 2011, La mer console de toutes les laideurs 2012, Nigel Cooke 2016.

DS4

Intervention de Gaelle Brutus de S3

 

Quand on dit à Marie Darrieussecq que le succès mondial de son premier roman Truismes paru en 1996, dont le manuscrit a été simplement envoyé par la poste, a de quoi faire rêver des milliers d’écrivains en herbe, elle acquiesce :

« C’est sûr, j’ai vraiment vécu un conte de fées. J’écris depuis toute gamine, j’ai toujours voulu être publiée et c’était merveilleux d’expédier ce manuscrit par la poste et de recevoir plusieurs réponses positives… Le véritable conte de fées, c’est à la fois cette publication et le succès considérable qui a suivi et que je ne m’explique toujours pas. Cela continue à m’étonner et me faire très plaisir. »

DS5

Marie Darrieussecq à la salle Professeur Jean Claude au CAP

 

Quand on lui fait remarquer que Truismes est un titre à double sens, Marie Darrieussecq répond :                   

« J’avais déjà ce titre en tête quand j’ai commencé le livre…D’abord pour raconter cette transformation en truie, mais aussi parce que j’avais l’idée de quelqu’un qui n’aurait ni un vocabulaire très vaste, ni une grande culture, et donc s’exprimerait par clichés, y compris des clichés racistes, voire sexistes, même si c’est une femme. Je me suis beaucoup amusée à lui faire dire des énormités et, petit à petit, l’idée m’est venue de la faire se dégager de ces idées toutes faites, de ces truismes, pour la faire penser par elle-même. »

DS6

Intervention de Roodsten Cherenfant de S3

 

Quand on s’étonne que l’écrivaine considère que le vrai sujet de Truismes est l’histoire d’un corps au féminin alors qu’il y a aussi une satire sociale assez féroce, Marie Darrieussecq  répond :

« Au départ, je voulais raconter l’histoire d’un corps qui se transforme. J’avais en tête une série de symptômes qui constituaient une trame narrative très forte que je suivais avec une forme d’évidence : l’épaississement de la peau, l’allongement des oreilles, etc… ce qui m’amusait beaucoup. Mais je me suis aperçue qu’il fallait la loger dans un espace et ça m’a amenée à situer ce corps dans un corps plus grand qui est la société. C’était pour moi un jeu de miroirs entre ce corps qui se déformait et une société qui se déformait à son tour, plutôt qu’une volonté consciente de satire sociale. Curieusement la presse a mis l’accent sur la critique sociale alors que je considère que le véritable sujet est le corps au féminin. Et de très nombreuses lectrices m’ont écrit qu’elles n’avaient jamais lu d’autre livre qui parle du corps de la femme d’une façon aussi intérieure, aussi intime. »

DS7

Intervention de Marie-Axelle Antoine de S4

 

Toujours s’agissant de Truismes et de cette métamorphose qui s’y opère, quand on demande à l’écrivaine si elle a été influencée par ses lectures d’Ovide ou de Kafka, elle répond :

« J’ai écrit ce livre avec beaucoup de naïveté, et sur le moment je n’avais pas du tout pensé à cela. Ce n’est qu’après qu’on m’a comparée à Apulée, à Ovide, à Kafka surtout. Instinctivement, je me suis retrouvée dans cette tradition. Mais chez ces auteurs la métamorphose amène souvent à une conclusion morale, alors que je ne pense pas qu’il y ait de morale qui se dégage de Truismes. En tout cas je n’en ai pas envie. »

DS8

Intervention de Marcoly Antoine de S3

 

Interrogée sur la présence de Jean-Paul Hirsh, directeur des éditions P.O.L. à ses côtés, Marie Darrieussecq évoque sa fidélité à l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur de la maison d’édition P.O.L., décédé le 2 janvier 2018 :

 « J’aime les auteurs de la maison d’édition P.O.L. : Olivier Cadiot, évidemment Marguerite Duras et Georges Perec qui étaient les totems de la maison, Marie Depussé et d’autres. Paul Otchakovsky- Laurens et moi sommes devenus amis très vite, mais toujours avec une légère distance, et je crois que cette distance, beaucoup d’écrivains en témoignent. Il était très timide, mais pouvait aussi être extrêmement chaleureux. »

Durant cette rencontre avec la S4 et la S3, Jean-Paul Hirsh a plusieurs fois été invité par Marie Darrieussecq à donner son point de vue.

DS9

Jean-Paul Hirsh à la salle Professeur Jean Claude au CAP

 Quand on demande à Marie Darrieussecq si elle est l’auteur du féminin, elle tiendrait presque ça pour un lieu commun :

« Oui je suis un auteur du féminin. J’ai traduit Un lieu à soi de Virginia Woolf ; j’écris énormément sur le fait que le français est une langue masculine ; j’ai lu assidûment Monique Wittig, Beauvoir, Cixous, Luce Irigaray…toutes. J’écris sur le féminin parce que je suis une femme, et que je suis une intellectuelle, et que j’avais besoin de penser ce qui m’arrivait. Le monde dans lequel j’étais. Mais le féminin c’est l’histoire de ma vie, donc c’est tous les livres que j’écris. Je n’ai rien à en dire. Beaucoup à écrire… »

DS10

Marie Darrieussecq répond aux intervenants

 

Quand on demande à Marie Darrieussecq comment elle travaille, comment lui vient l’inspiration, le choix du sujet du prochain livre, elle répond :

«  En général, comme beaucoup d’écrivains, je me promène avec des petits carnets. Je prends des notes très éparses…ces carnets ont pour le coup un côté extrêmement intime avec des codes personnels, des moyens mnémotechniques qui sont censés me faire penser à d’autres choses. Au milieu il y a aussi des listes de courses et des numéros de téléphone…

C’est un moment de gestation du texte, appelons ça ainsi, qui n’empêche pas d’ailleurs que je puisse être en train de travailler concrètement un autre texte. Par exemple quand j’écrivais Le Bébé, j’étais complètement hantée par le roman à venir, White. Il y a entre les textes des chevauchements temporels. »

DS11

Intervention de Jehud Jean-Gilles de S4

 

Quand on demande à  l’écrivaine si elle établit d’abord un plan ou une structure avant la conception d’un nouveau roman ou si elle écrit au fil de la plume, elle répond :

« Il y a deux grands clubs d’écrivains, ceux qui font des plans comme Georges Pérec et ceux qui écrivent la Chartreuse de Parme en cinquante-trois jours comme Stendhal, qui à la fin tue tout le monde parce qu’il ne sait pas comment s’en sortir… Je fais partie du club Stendhal. Je ne fais jamais de plan parce que je ne veux pas savoir ce qui va se passer, sinon je m’ennuierais et je laisse faire non pas les personnages mais les mots. Et je laisse les mots se répondre quand je suis dans l’état de grâce. Et ça avance tout seul, sans moi… « L’état de grâce » est très proche de l’absence à soi-même, pour dire le monde il faut être dans une rêverie proche d’une sorte d’extase dans la langue, où on sort de son moi privé. »

Intervention de Fénia Léon de S4

 

Quand on demande à Marie Darrieussecq si le Prix Médicis obtenu en 2013 pour Il faut beaucoup aimer les hommes a eu de l’importance pour elle :

" J’étais très heureuse d’avoir un prix, ça faisait longtemps. Les gens croyaient toujours que j’avais eu des prix, mais non, j’avais eu du succès, c’est différent ! J’étais contente d’être reconnue par mes pairs, c’est important, ça fait du bien"

DS13

Marie Darrieussecq répond aux intervenants

 

 Enfin quand on interroge à nouveau Marie Darrieussecq sur son travail d’écriture :

"Quand j'écris, dit-elle, je deviens le corps de mes personnages. Mon corps n'est plus là, c'est un autre corps qui écrit. Je deviens invisible. Je crois que si on ouvrait la porte de mon bureau, on ne me verrait pas. Je suis avalée par le livre, traversée par ce que j'écris. Mon corps est délégué à la page. Il devient le texte, sinon ce n'est pas la peine. Quelque chose me traverse, on peut appeler ça le monde, ce quelque chose me désintègre et me recrée sur la page. C'est de l'ordre de l'extase, sinon ça n'écrit pas."

DS14

Applaudissements nourris pour Marie Darrieussecq et Jean-Paul Hirsh

 

Tom est mort est un roman singulier de Marie Darrieussecq, paru en 2007 chez P.O.L. Il fait alors partie de la sélection du prix Goncourt et du prix Femina. Et Marie Darrieussecq y raconte l'indicible avec bien du talent. Il connait un certain succès de librairie.

 Présenté par son éditeur comme « un simple récit, phrase après phrase sur un cahier », Tom est mort est un roman sur le deuil maternel :

 « Voici dix ans que son fils est mort, il avait quatre ans et demi. Pour la première fois depuis ce jour quelques moments passent sans qu'elle pense à lui. Alors, pour empêcher l'oubli, ou pour l'accomplir, aussi bien, elle essaie d'écrire l'histoire de Tom, l'histoire de la mort de Tom, elle essaie de s'y retrouver. »

 

DS15

Marie Darrieussecq et Jean-Paul Hirsh avec des élèves de S3