Jeudi 19 mai 2016 : Edna Blaise en vente-signature à Jacmel et à Port-au-Prince

 

Blaise

 

Edna Blaise, ancienne élève du CAP,  a déjà publié dans le recueil  Limena , sous la direction de Gary Victor, une nouvelle dans laquelle « son ton à la fois, retenu, raffiné et intimiste » annonçait un talent prometteur.  Son regard incisif et décapant s’était déjà signalé dans ses chroniques de la rubrique « Le Temps des jeunes femmes » dès les premiers numéros du quotidien Le National.

 A son tour le directeur de C3 Éditions  à Port-au-Prince, Fred Brutus, lui aussi a été sensible à la finesse et à la subtilité de ses écrits et a décidé de publier son dernier recueil de nouvelles  La pitié ne coûte que dix gourdes  dans la Collection Zuit.

Ce jeudi 19 mai Edna Blaise était en vente-signature à l’Alliance Française de Jacmel. On notait la présence du romancier Gary Victor et de Fred Brutus, directeur de  C3 Editions . Participaient aussi à cette vente-signature deux jeunes  écrivains publiés eux aussi  par  C3 Editions : Stéphanie Balmir  avec  Ma mère, Dieu, le diable et moi  et  Collinx  Mondésir  avec  Monologue pour exorciser l’instant. Un public intéressé et motivé se pressait autour des jeunes auteurs et il y avait foule autour d’Edna Blaise pour la dédicace de son dernier ouvrage. On remarquait notamment le directeur du bureau régional de la Culture, Michelet Divers et plusieurs personnalités de Jacmel. Pour clôturer la soirée Gary Victor  a présenté une conférence sur les jeunes auteurs de C3 Editions.

Les 26 et 27 mai Edna Blaise est en vente-signature à la grande foire annuelle du livre à Port-au-Prince  Livres en folie.

 

Blaise Edna

Edna Blaise en vente signature à livres en folie à Port-au-Prince mai 2016

 

La pitié ne coûte que dix gourdes par Gary Victor

On attendait ce recueil d’Edna Blaise dont on a souvent apprécié la finesse de la plume et son regard incisif, décapant dans ses chroniques de la rubrique « Le Temps des jeunes femmes » dès les premiers numéros du quotidien Le National. C3 Éditions qui effectuent un travail immense pour que notre littérature se perpétue, se renouvelle, ne pouvait pas laisser cette occasion de porter cette nouvelle plume à présenter ses œuvres au grand public. Edna Blaise a déjà publié dans le recueil Limena une nouvelle qui a retenu l’attention par son ton à la fois, retenu, raffiné et intimiste. Cette fois la jeune nouvelliste ouvre le voile sur son univers à la fois étrange, subtil, trouble, mais aussi traversé d’une souterraine violence, celle parfois qu’on ne voit pas, mais qui détruit lentement en transformant les êtres humains en de véritables monstres.

Edna Blaise présente dans ce recueil de 53 pages dans la Collection Zuit quatre nouvelles.

La première : Le résultat de mes tests, est une subtile fantaisie avec une chute qui laisse pantois les lecteurs, une nouvelle qui démontre le grand talent narratif de l’auteur.

La seconde, beaucoup plus ample, plonge dans l’univers trouble, tourmenté de plusieurs personnages que l’auteur fait se mouvoir comme à son habitude dans l’atmosphère humide et délétère de Jacmel.

La troisième nouvelle d’Edna est la reprise du même texte paru sous pseudonyme dans le recueil Limena. Un père regarde grandir sa fille. À travers le regard du père on sent les interrogations de la fille sur une subtile faille entre l’amour qu’une fille peut porter à son père et sa douleur aussi de sentir son père un peu trop loin d’elle, incapable d’établir cette relation qu’il fait entre père et fille pour que le dialogue et la confiance s’installent. Bref, une nouvelle intimiste, brève, écrite avec maîtrise qui devrait pouvoir figurer dans une bonne anthologie haïtienne de nouvelles.

La pitié ne coûte que dix gourdes qui est la nouvelle qui donne le titre au recueil est le petit joyau par son regard sur la violence sociale en Haïti. Pudique, raffinée, l’auteure suit un personnage, un enfant qui va voir son rêve dériver et prendre une forme inattendue dans son cauchemar quotidien. Un texte étonnant, étrange, qui côtoie dans la chute les frontières du fantastique.

Un recueil à lire et qui laisse à penser que la littérature haïtienne à de beaux jours devant elle. Encore qu’il faille des maisons d’édition comme C3 Éditions, qui prennent des risques et qui osent affronter les lourdeurs et les préjugés d’un milieu qui a voulu faire de la littérature un lieu fermé accessible seulement à des ayants droit.

Edna Blaise signera son livre  La pitié ne coûte que dix gourdes  le 19 mai 2016, à l’Alliance française de Jacmel à partir de 17 h.

Gary VICTOR, Le National 12 mai 2016

 

 La-pitié

 

La pitié ne coûte que dix gourdes par Joe Antoine Jn Baptiste

Edna Blaise, l’une des jeunes femmes qui animent, dans les colonnes du journal Le National, la chronique Temps des Jeunes Femmes, depuis bientôt une année, vient de publier, sous les presses de C3 Éditions, collection zwit, un recueil de nouvelles. La pitié ne coûte que dix gourdes est le titre de ce recueil de cinquante-trois pages qui compte quatre histoires, les unes plus succulentes que les autres.

Le résultat de mes tests

Samuel est un enseignant. Il a 42 ans. Sa femme Jeanne en a 35 et est pâtissière. Au cours d’une réunion où tous les enseignants de l’école à laquelle il prête ses services doivent se prononcer sur le sort des élèves de leur classe, en fin d’année scolaire, Samuel a un malaise. Il ne se sent pas bien. Il est frappé par tous les symptômes d’une femme enceinte. Il faut préciser que le couple Samuel et Jeanne cherche à avoir un enfant depuis très longtemps. Mais il n’y arrive pas. Pourtant aucun d’eux n’est stérile. À sa grande surprise, les résultats des tests que Samuel a effectués chez son ami médecin ont été surprenants. Il porte un enfant! Et le pire… il ne sait pas qui en est la mère.

Le résultat de mes tests est la première nouvelle qui ouvre ce recueil d’Edna Blaise. Elle est, presque comme toutes les autres, emprunte d’un merveilleux inimaginable. C’est une guerre que mène l’imaginaire de l’auteure contre le réel, l’accoutumé et le monotone. Et si les hommes pouvaient réellement tomber « enceintes »? C’est peut-être une façon pour la jeune nouvelliste de dire son ras-le-bol quant à l’idée que c’est seulement les femmes qui doivent porter des enfants. C’est ce qu’Edna Blaise propose à ses lecteurs dans ce coup d’essai.

Les nouvelles d’Edna, les unes plus captivantes que les autres, révèlent une écriture simple et légère. Cette jeune Jacmélienne   transmet aux lecteurs, avec une facilité hors du commun, le fruit de son imagination débordante. Une imagination ponctuée d’un zeste de réflexion sur la dualité qui a toujours rythmé l’existence humaine : la vie et la mort. Samuel, le personnage central de la première histoire, redoute les résultats des tests, parce qu’il ne veut pas mourir. L’idée même de la mort le stresse et l’empêche de vivre chaque minute de sa vie. Pourtant, il reste convaincu que la mort est un passage obligé et incontournable.

Par cette histoire, Edna Blaise tente de montrer à ses lecteurs que tout homme, qu’il soit jeune ou vieux, a grandement peur de la mort et accorde, dans une large mesure, un grand intérêt à la vie sur terre. Cette histoire que nous propose Edna Blaise, nous invite à nous poser toute une série de questions sur l’importance de la vie. On a l’impression qu’elle partage la vision humaine qu’a eue André Malraux quand il disait : « une vie ne vaut rien. Mais rien ne vaut une vie ».

Ajouté à cela, il y a le suspens qui peut maintenir le lecteur accroché à l’histoire. La façon dont l’auteure place chaque mot, construit chaque phrase et campe chaque paragraphe est pour elle une façon d’inviter le lecteur à savourer l’histoire du début à la fin comme on prend une tasse de café chaud le matin à petites gorgées.

La pitié ne coûte que dix gourdes est un recueil de nouvelles à lire.

Joe Antoine JN BAPTISTE Le National 2 mai 2016

 

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La pitié ne coûte que dix gourdes par Rachel Vorbe

Edna Blaise a 22 ans. Elle fait ses débuts dans le monde littéraire en dansant avec assurance avec les mots. Du haut de son jeune âge, Edna a déjà publié deux textes parus dans le recueil de nouvelles : « Limena », sous la direction de Gary Victor, Edition Zuit ; récemment, seule, La pitié ne coûte que dix gourdes. Le titre très alléchant attire. L’ouvrage est un petit livre de trois textes qui sont en fait trois nouvelles. Bien écrit, dans un langage châtié, avec des mots simples mais recherchés, Edna Blaise raconte trois histoires qui se déroulent à « Jacmel, une petite ville dont on dit : « Petite ville, mon œil ! » Les histoires d’Edna Blaise sont fraîches et plaisantes comme doivent l’être celles qui proviennent d’une imagination jeune mais non dénuée d’humanité ni de sensibilité.

Son texte phare, La pitié ne coûte que dix gourdes relate l’histoire d’un enfant dont on ne découvre l’âge qu’après une certaine réflexion. Orphelin qui, pour sauver un repas consistant en deux pains, transporte sur ses frêles épaules des « boquittes » de sachets d’eau pour le bénéfice d’une boulangère « vipère » qui, de temps à autre, omet volontairement de lui payer son dû. Un jour, alors que « l’odeur de la farine travaillée avec expertise [lui] chatouille les narines [et son] estomac… Oh [son] estomac ! », il ferme les yeux et s’assoupit en un temps record. Son esprit s’envole. Lorsqu’il ouvre les yeux, « deux secondes après les avoir fermés, il y a une belle lumière. […] Il se retourne et voit son enveloppe corporelle là, sans souffle de vie, dans le coin de la boulangerie… » Si l’histoire paraît triste, ce n’est pas le sentiment qui s’en dégage. Elle ne choque pas mais est racontée plutôt avec sensibilité et délicatesse. Les deux autres textes sont tout aussi agréables à lire. L’un et l’autre assez inattendue. Les histoire ? L’une cocasse, l’autre déroutante. La première, Samuel, un prof d’anglais, ne se sent pas au top de sa forme. Il fait des analyses médicales et se rend chez son médecin pour le diagnostic. Surprise des surprises… Il éclate de rire. Il ne se moque pas du diagnostic mais plutôt de celle qui lui aurait inoculé son mal. La seconde, une mendiante assise sur les marches d’une banque reçoit chaque mercredi, du même homme, 250 gourdes. Dès qu’elle a reçu son obole, elle s’en va. La journée, elle peint, et la nuit de ces mêmes mercredis, c’est une femme belle et métamorphosée qui se rend au bar du Café Koze. Un jour, elle offre à Monsieur Mercredi un troublant et déroutant tableau…

Les trois textes d’Edna Blaise révèlent une personnalité sensible et fine, attentive aux autres. Une profondeur d’âme se dégage aussi de ses écrits. Sans verser dans le lyrisme de la langue, la construction grammaticale dénote un souci de l’harmonie de la langue et du vocabulaire. Le style est simple et la lecture facile. Alors qu’il arrive, certaines fois, à la lecture de nouvelles de s’attendre à des péripéties trépidantes et à une chute vertigineuse théâtrale, dans le recueil La pitié ne coûte que dix gourdes, les chutes entraînent le lecteur dans une douce satisfaction, se contentant de la conjoncture finale. Les quelques écrits d’Edna Blaise annoncent déjà un parcours qui se veut prolifique.

 

Rachel VORBE Le Nouvelliste 25 mai 2016