Lundi 12 novembre 2018: Marie Darrieussecq à la salle Professeur Jean Claude au CAP

en collaboration avec l’Alliance Française de Jacmel

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Marie Darrieussecq et Jean-Paul Hirsh avec des élèves de S4

 

Ce lundi 12 novembre 2018 nous avons eu le plaisir d’accueillir au CAP  Marie Darrieussecq et Jean-Paul Hirsh  accompagnés par Sébastien Plot, directeur de l’AFJ. L’écrivaine était de passage en Haïti avec le directeur des éditions P.O.L. à Paris qui publient tous ses livres.

Les élèves de S3 et S4 avaient décoré le tableau pour souhaiter la bienvenue à Marie Darrieussecq  et l’attendaient avec impatience à la salle Professeur Jean Claude.

Marie Darrieussecq

Marie Darrieussecq

 

Marie Darrieussecq est une romancière qui raconte, invente des histoires, contrairement à un courant fort répandu chez les jeunes écrivains de sa génération qui proposent des variations diverses sur leur journal intime ou sur un épisode de leur vie privée. Marie Darrieussecq bâtit des fictions, souvent à partir de thèmes de la littérature classique.

Dès son plus jeune âge, Marie Darrieussecq se rêve écrivaine. Née à Bayonne au Pays basque en France, elle a exercé comme psychanalyste avant de mettre cette activité entre parenthèses.

En effet, dès 1996 elle est propulsée sur la scène médiatique avec la parution de son roman Truismes, best-seller traduit dans une quarantaine de langues. En 2013 elle est lauréate du Prix Médicis pour le roman Il faut beaucoup aimer les hommes.

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Lauréate de l’agrégation de Lettres en 1992  et Docteur ès Lettres en 1997 avec une thèse sur l'autofiction, Marie Darrieussecq  a publié une vingtaine d’œuvres en vingt ans, sans compter ses contributions à des ouvrages d’art ou à des journaux.

De  Truismes  publié en 1996  à  Notre vie dans les forêts  publié en 2017, tous ses livres sont édités chez P.O.L., notamment Naissance des fantômes 1998, Le mal de mer 1999, Le bébé 2002, White 2003, Le pays 2005, Tom est mort 2007, Clèves 2011, La mer console de toutes les laideurs 2012, Nigel Cooke 2016.

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Intervention de Gaelle Brutus de S3

 

Quand on dit à Marie Darrieussecq que le succès mondial de son premier roman Truismes paru en 1996, dont le manuscrit a été simplement envoyé par la poste, a de quoi faire rêver des milliers d’écrivains en herbe, elle acquiesce :

« C’est sûr, j’ai vraiment vécu un conte de fées. J’écris depuis toute gamine, j’ai toujours voulu être publiée et c’était merveilleux d’expédier ce manuscrit par la poste et de recevoir plusieurs réponses positives… Le véritable conte de fées, c’est à la fois cette publication et le succès considérable qui a suivi et que je ne m’explique toujours pas. Cela continue à m’étonner et me faire très plaisir. »

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Marie Darrieussecq à la salle Professeur Jean Claude au CAP

 

Quand on lui fait remarquer que Truismes est un titre à double sens, Marie Darrieussecq répond :                   

« J’avais déjà ce titre en tête quand j’ai commencé le livre…D’abord pour raconter cette transformation en truie, mais aussi parce que j’avais l’idée de quelqu’un qui n’aurait ni un vocabulaire très vaste, ni une grande culture, et donc s’exprimerait par clichés, y compris des clichés racistes, voire sexistes, même si c’est une femme. Je me suis beaucoup amusée à lui faire dire des énormités et, petit à petit, l’idée m’est venue de la faire se dégager de ces idées toutes faites, de ces truismes, pour la faire penser par elle-même. »

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Intervention de Roodsten Cherenfant de S3

 

Quand on s’étonne que l’écrivaine considère que le vrai sujet de Truismes est l’histoire d’un corps au féminin alors qu’il y a aussi une satire sociale assez féroce, Marie Darrieussecq  répond :

« Au départ, je voulais raconter l’histoire d’un corps qui se transforme. J’avais en tête une série de symptômes qui constituaient une trame narrative très forte que je suivais avec une forme d’évidence : l’épaississement de la peau, l’allongement des oreilles, etc… ce qui m’amusait beaucoup. Mais je me suis aperçue qu’il fallait la loger dans un espace et ça m’a amenée à situer ce corps dans un corps plus grand qui est la société. C’était pour moi un jeu de miroirs entre ce corps qui se déformait et une société qui se déformait à son tour, plutôt qu’une volonté consciente de satire sociale. Curieusement la presse a mis l’accent sur la critique sociale alors que je considère que le véritable sujet est le corps au féminin. Et de très nombreuses lectrices m’ont écrit qu’elles n’avaient jamais lu d’autre livre qui parle du corps de la femme d’une façon aussi intérieure, aussi intime. »

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Intervention de Marie-Axelle Antoine de S4

 

Toujours s’agissant de Truismes et de cette métamorphose qui s’y opère, quand on demande à l’écrivaine si elle a été influencée par ses lectures d’Ovide ou de Kafka, elle répond :

« J’ai écrit ce livre avec beaucoup de naïveté, et sur le moment je n’avais pas du tout pensé à cela. Ce n’est qu’après qu’on m’a comparée à Apulée, à Ovide, à Kafka surtout. Instinctivement, je me suis retrouvée dans cette tradition. Mais chez ces auteurs la métamorphose amène souvent à une conclusion morale, alors que je ne pense pas qu’il y ait de morale qui se dégage de Truismes. En tout cas je n’en ai pas envie. »

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Intervention de Marcoly Antoine de S3

 

Interrogée sur la présence de Jean-Paul Hirsh, directeur des éditions P.O.L. à ses côtés, Marie Darrieussecq évoque sa fidélité à l’éditeur Paul Otchakovsky-Laurens, fondateur de la maison d’édition P.O.L., décédé le 2 janvier 2018 :

 « J’aime les auteurs de la maison d’édition P.O.L. : Olivier Cadiot, évidemment Marguerite Duras et Georges Perec qui étaient les totems de la maison, Marie Depussé et d’autres. Paul Otchakovsky- Laurens et moi sommes devenus amis très vite, mais toujours avec une légère distance, et je crois que cette distance, beaucoup d’écrivains en témoignent. Il était très timide, mais pouvait aussi être extrêmement chaleureux. »

Durant cette rencontre avec la S4 et la S3, Jean-Paul Hirsh a plusieurs fois été invité par Marie Darrieussecq à donner son point de vue.

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Jean-Paul Hirsh à la salle Professeur Jean Claude au CAP

 Quand on demande à Marie Darrieussecq si elle est l’auteur du féminin, elle tiendrait presque ça pour un lieu commun :

« Oui je suis un auteur du féminin. J’ai traduit Un lieu à soi de Virginia Woolf ; j’écris énormément sur le fait que le français est une langue masculine ; j’ai lu assidûment Monique Wittig, Beauvoir, Cixous, Luce Irigaray…toutes. J’écris sur le féminin parce que je suis une femme, et que je suis une intellectuelle, et que j’avais besoin de penser ce qui m’arrivait. Le monde dans lequel j’étais. Mais le féminin c’est l’histoire de ma vie, donc c’est tous les livres que j’écris. Je n’ai rien à en dire. Beaucoup à écrire… »

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Marie Darrieussecq répond aux intervenants

 

Quand on demande à Marie Darrieussecq comment elle travaille, comment lui vient l’inspiration, le choix du sujet du prochain livre, elle répond :

«  En général, comme beaucoup d’écrivains, je me promène avec des petits carnets. Je prends des notes très éparses…ces carnets ont pour le coup un côté extrêmement intime avec des codes personnels, des moyens mnémotechniques qui sont censés me faire penser à d’autres choses. Au milieu il y a aussi des listes de courses et des numéros de téléphone…

C’est un moment de gestation du texte, appelons ça ainsi, qui n’empêche pas d’ailleurs que je puisse être en train de travailler concrètement un autre texte. Par exemple quand j’écrivais Le Bébé, j’étais complètement hantée par le roman à venir, White. Il y a entre les textes des chevauchements temporels. »

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Intervention de Jehud Jean-Gilles de S4

 

Quand on demande à  l’écrivaine si elle établit d’abord un plan ou une structure avant la conception d’un nouveau roman ou si elle écrit au fil de la plume, elle répond :

« Il y a deux grands clubs d’écrivains, ceux qui font des plans comme Georges Pérec et ceux qui écrivent la Chartreuse de Parme en cinquante-trois jours comme Stendhal, qui à la fin tue tout le monde parce qu’il ne sait pas comment s’en sortir… Je fais partie du club Stendhal. Je ne fais jamais de plan parce que je ne veux pas savoir ce qui va se passer, sinon je m’ennuierais et je laisse faire non pas les personnages mais les mots. Et je laisse les mots se répondre quand je suis dans l’état de grâce. Et ça avance tout seul, sans moi… « L’état de grâce » est très proche de l’absence à soi-même, pour dire le monde il faut être dans une rêverie proche d’une sorte d’extase dans la langue, où on sort de son moi privé. »

Intervention de Fénia Léon de S4

 

Quand on demande à Marie Darrieussecq si le Prix Médicis obtenu en 2013 pour Il faut beaucoup aimer les hommes a eu de l’importance pour elle :

" J’étais très heureuse d’avoir un prix, ça faisait longtemps. Les gens croyaient toujours que j’avais eu des prix, mais non, j’avais eu du succès, c’est différent ! J’étais contente d’être reconnue par mes pairs, c’est important, ça fait du bien"

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Marie Darrieussecq répond aux intervenants

 

 Enfin quand on interroge à nouveau Marie Darrieussecq sur son travail d’écriture :

"Quand j'écris, dit-elle, je deviens le corps de mes personnages. Mon corps n'est plus là, c'est un autre corps qui écrit. Je deviens invisible. Je crois que si on ouvrait la porte de mon bureau, on ne me verrait pas. Je suis avalée par le livre, traversée par ce que j'écris. Mon corps est délégué à la page. Il devient le texte, sinon ce n'est pas la peine. Quelque chose me traverse, on peut appeler ça le monde, ce quelque chose me désintègre et me recrée sur la page. C'est de l'ordre de l'extase, sinon ça n'écrit pas."

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Applaudissements nourris pour Marie Darrieussecq et Jean-Paul Hirsh

 

Tom est mort est un roman singulier de Marie Darrieussecq, paru en 2007 chez P.O.L. Il fait alors partie de la sélection du prix Goncourt et du prix Femina. Et Marie Darrieussecq y raconte l'indicible avec bien du talent. Il connait un certain succès de librairie.

 Présenté par son éditeur comme « un simple récit, phrase après phrase sur un cahier », Tom est mort est un roman sur le deuil maternel :

 « Voici dix ans que son fils est mort, il avait quatre ans et demi. Pour la première fois depuis ce jour quelques moments passent sans qu'elle pense à lui. Alors, pour empêcher l'oubli, ou pour l'accomplir, aussi bien, elle essaie d'écrire l'histoire de Tom, l'histoire de la mort de Tom, elle essaie de s'y retrouver. »

 

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Marie Darrieussecq et Jean-Paul Hirsh avec des élèves de S3

31 octobre 2018 : Kettly Mars à la salle Professeur Jean Claude au CAP

en collaboration avec les Editions Pulucia organisatrices du Salon International du livre de Jacmel

La romancière Kettly Mars et le poète Maurice Cadet avec des élèves de la S4 au CAP

 

«  Est-ce que nous faisons du mal à Haïti lorsque nous l’écrivons telle qu’elle est ? »

« Je suis une écrivaine qui aime prendre des risques, changer de registre, changer d’univers. »


La romancière Kettly Mars était au CAP ce 31 octobre 2018 accompagnée par le poète jacmélien  Maurice Cadet pour rencontrer les élèves de S2, S3 et S4 à la salle Professeur Jean Claude.

« Après le 12 janvier 2010, j’ai décidé de prendre le temps qui me manquait. De vivre pour et par ma passion d’écrire. Depuis ces 48 secondes d’un après-midi de janvier où la terre a tremblé et enseveli des centaines de milliers de vies autour de moi, j’ai décidé de me mettre totalement à la disposition de l’écriture. De libérer mon souffle. Le béton c’est aussi fragile que du papier quand les plaques tectoniques se rompent sous nos pieds. Il y a urgence. Je décroche. Un saut dans le vide. Un acte de foi en la vie. »  

 

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Kettly Mars à la salle Professeur Jean Claude au CAP le 31 octobre 2018

 

Les élèves du CAP attendaient la visite de Kettly Mars avec beaucoup d’impatience. C’est le PDG des éditions Pulucia, Pierre-Paul Ancion, qui a proposé cette collaboration au CAP dans le cadre du 1er salon international du livre de Jacmel où était également invité le poète Maurice Cadet et d’autres écrivains comme Gary Victor.

Volupté pour Leslie Péan ou nécessaire présence du désir pour Rodney Saint-Eloi, l’œuvre de Kettly Mars ne laisse personne indifférent. Son écriture délicate et raffinée raconte un univers tragique qui dérape, où tout va de travers mais avec une grande tendresse, une passion et des images sensuelles et somptueuses.

 

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Wodney Jeudy et Sammy Roy à la sonorisation, Knight Jean-Baptiste, Kevin Lariveau, Bill Paris et Marie-Axelle Antoine

 

Avant d’engager le dialogue  avec le public, une surprise a été réservée à Kettly Mars par Marie-Axelle Antoine, Knight Jean-Baptiste, Kevin Lariveau et Bill Paris, élèves de terminale (S4).

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Kevin Lariveau, Bill Paris et Marie-Axelle Antoine

 

En effet dans le cadre des TPE (Travaux Pratiques Encadrés) en S3 l’an dernier, ils avaient préparé et présenté au jury un mémoire intitulé La violence dans l’œuvre de Kettly Mars. C’est sous la forme originale d’un entretien télévisé mené par des journalistes incarnés par Knight Jean-Baptiste, Kevin Lariveau et Bill Paris qu’ils ont interviewé la romancière jouée par Marie-Axelle Antoine. Après ce préambule très apprécié par l’écrivaine, les premières questions ont été posées.

 

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Kettly Mars est née à Port-au-Prince. Après ses études classiques, elle reçoit une formation en administration. Elle travaille comme assistante administrative. Passionnée dès son plus jeune âge de lecture et de poésie, elle commence à écrire au début des années 1990.

C’est par la poésie que Kettly Mars exprime ses premiers élans créateurs : tout est patience et fluidité, érotisme et passion. Elle passe ensuite à l’écriture de la nouvelle.

Son premier roman, Kasalé (2003), entraîne le lecteur dans un voyage en pays profond et soulève le débat de l’ambivalence spirituelle d’une grande majorité du peuple haïtien. Ketty Mars est une romancière hantée par l'angoisse d'un pays en déshérence, l'étouffement et la paralysante amertume qui gisent au creux du quotidien. Pas un détail qui ne porte témoignage de la relation essentielle qui est celle de l'auteur et du monde rural. Rien de l'abstraction allégorique. Roman paysan par excellence, Kasalé  nous donne à saisir avec fidélité une réalité observable dans ses couleurs, ses saveurs, ses mythes et ses légendes.

Tout dans le roman L’heure hybride (2005) se passe en l’espace de quatre heures. À l’approche de ses 40 ans, le personnage principal du roman, Jean François Éric L’Hermite, dit Rico L’Hermite, fait un bilan de sa vie en se réveillant après une soirée particulièrement torride et mouvementée passée avec ses amis de « la gigolaille » de Port-au-Prince. Bête à plaisir, beau et charmeur, Rico est également un solitaire qui n’aime en fait qu’une seule femme : sa mère prostituée, simple, digne et regrettée. L’heure hybride est un roman où l’on est partagé entre une «  douce angoisse » et une « violente tendresse ».

En 2008, Kettly Mars publie Fado, un roman  plein de sensualité et de mélancolie, baigné d’un bout à l’autre par la belle musique portugaise, un roman qui offre le portrait de deux femmes écorchées par la vie et pourtant débordantes de passion, un roman qui évoque le chemin difficile des femmes mais aussi des marginaux, des délaissés parqués dans l’univers clos des quartiers insalubres.

 

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Publié en 2010, le quatrième roman de Kettly Mars, Saisons sauvages est une incursion décidée et extrêmement incisive dans les années noires du duvaliérisme en cours d’installation (1962-1963). Roman de l’espoir illusoire, de l’abus permanent du pouvoir, de l’horreur, de la lâcheté et de la compromission, il est servi par un sens très fort du récit.

 Aux frontières de la soif  parait en 2013. En janvier 2011, un an après le séisme qui transforma Port-au-Prince en un gigantesque chaos, la ville n'est toujours que débrouille et fracas. A deux pas de la capitale, le camp de Canaan a grandi comme un champignon, au rythme de l'arrivée des sinistrés. On pénètre dans ce labyrinthe aux milliers d'âmes pour mieux se perdre. A l'image de Fito, architecte et écrivain en panne d'inspiration. Avec ce personnage ambigu, Kettly Mars a trouvé à exprimer sa rage, à mettre à nu les pourritures humaines, plongeant dans un enfer où la drogue vaut moins cher que l'eau potable, où les enfants tuent pour une pipe de crack et où les institutions sont corrompues jusqu'à la moelle. La romancière fait aussi parler les fillettes apeurées, les ONG impuissantes, les journalistes voyeurs. Elle déploie sa colère, mais la poésie de son écriture est aussi un hymne à son pays perdu, à la fierté de ses habitants.

Dans son roman Je suis vivant, 2015, Prix Ivoire, Kettly Mars effleure toutes les problématiques du chaos de la société haïtienne qui, dans sa grande majorité, n’arrive pas à remettre en question les inégalités bloquant son accession à la modernité. Avec son scalpel, l’auteure affronte un tabou qui nous interpelle. La démence. L’affrontement n’est pas fait de face.  Dans de courts chapitres, ses personnages respirent cette terre à laquelle elle est profondément attachée. L’histoire est adossée à la folie de la nature, cette toile de fond du séisme du 12 janvier 2010, à cette démesure qui a fait des centaines de milliers de mort.

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Kettly Mars et Maurice Cadet avec la classe de S3

 

Avec l’Ange du patriarche, 2018, Kettly Mars nous entraîne dans un thriller, une saga haletante aux nombreux rebondissements, alliant souffle épique et moments d'émotion intense, prouvant que la culture vodou est une source d'inspiration et un incroyable moteur romanesque.

Quand on demande à Kettly Mars d’en dire un peu plus sur cette source d’inspiration, elle précise :

« En Haïti, la question du vaudou est très subtile… Il est rare qu’un pratiquant vous dise tout de go : « je pratique le vaudou. » Il faut une relation de confiance pour que quelqu’un vous confie que oui, dans la famille « nous servons » puisque telle est l’expression et, même entre nous, on ne le proclame pas… Chacun y « sert » les esprits de sa famille. C’est un culte intime, le vrai vaudou, par antagonisme avec la sorcellerie que beaucoup assimilent au vaudou. J’ai essayé de mettre au clair ces points de vue là. Depuis une vingtaine d’années, le vaudou a droit de cité, les artistes s’en réclament, la musique racines, le vaudou jazz… Parfois c’est un peu fanfaron! En tout cas, toute cette culture difficile à capter est une source d’inspiration sans limites pour moi. Le vaudou est un culte, une spiritualité, un art de vivre, une communion avec la nature. Ce sont des vibrations avec lesquelles je suis en harmonie, qui m’apportent force et équilibre. »

 

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Kettly Mars et Maurice Cadet à la salle Professeur Jean Claude

 

Maurice Cadet est né le 20 juin 1933 à Jacmel. Il est poète, nouvelliste et essayiste. Il s’est établi au Canada, à Alma au Lac-Saint-Jean en 1967. Il publie dans plusieurs revues dont notamment Focus, Résistances, Estuaire, Brèves littéraires, Ruptures, et l'International Poetry Review (États-Unis). De retour à Jacmel, il est actuellement écrivain à temps plein.

Il a publié plusieurs recueils comme Ondes Vagabondes et des œuvres comme Tambour battant ou Réjouissances. Son dernier roman Cicatrices vient de paraître  aux éditions Pulùcia.

 

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Intervention de Gaelle Brutus, de S3

 

Quand on demande à Kettly Mars en quoi son dernier roman L’Ange du patriarche, 2018 diffère de ses précédentes publications, elle répond :

« Je suis une écrivaine qui aime prendre des risques, changer de registre, changer d’univers, j’ai voulu faire à la fois un thriller, un roman à suspens, un roman d’épouvante, un peu de tout cela, et que le vaudou en fasse partie, parce que c’est ma culture et un sujet qui passionne beaucoup les Haïtiens et les étrangers. Nous avons beaucoup à apporter à l’autre en parlant de cette culture…Mais j’ai voulu aussi décrire des personnages attachants, qui se collettent au mal avec un grand M et doivent réagir. C’est aussi un roman féministe, qui parle de trois femmes, de leur complicité pour se donner de la force dans une épreuve. Et c’est un roman d’amour, donc beaucoup de choses qui m’interpellent en tant que mère, femme, écrivaine. »

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Intervention de Marc Jodel Alcindor ,de S4

 

De multiples questions ont été posées à Kettly Mars et le poète Maurice Cadet , présent à ses côtés, a souvent été invité à donner son point de vue.
Au cours de cette rencontre riche et dense, la romancière a pu aborder plusieurs de ses thèmes de prédilection :
les origines haïtiennes vaudou et la nécessité de mettre en valeur l’originalité de l’héritage multiculturel,
le droit des femmes,
les contradictions et les errances,
le marchandage des corps et des cœurs,
l’impérieuse nécessité de lutter contre la corruption des mémoires qui s’appuie sur le populisme,
les mécanismes de résistance et de compromission,
le désenchantement et l’espoir,
la violence et la politique,
l’ambivalence entre souillure et purification,
la sensualité, l’amour et la beauté de la nature….

 

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Applaudissements nourris pour Kettly Mars et Maurice Cadet

 

 

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Maurice Cadet, une invitée, Kettly Mars, Pierre-Paul Ancion PDG des Edit. Pulucia et JY Bourcier directeur du CAP

 

25 octobre 2018 : Théâtre Forum au CAP: la pédagogie contre la propagande et l’amnésie historique.

En collaboration avec l’Alliance Française de Jacmel

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 « 32 ans après, l’histoire du régime duvaliériste est-elle transmise correctement aux plus jeunes ? 32 ans après devons-nous garder le silence sur cette période ? » La pédagogie contre la propagande et l’amnésie historique est l’un des principaux objectifs du projet théâtral du Forum conçu par Pinas Alcera et Jean Samuel André. Il s’agit pour eux de permettre aux jeunes et à la population en général de sortir du silence sur le régime des Duvalier et de lever les tabous sur cette période en utilisant comme vecteur le Théâtre Forum.

Selon les animateurs du Théâtre Forum, les décennies d’échecs économiques et sociaux des différents gouvernements qui se sont succédé après la dictature ont créé un espace pour un sentiment nostalgique et simpliste de la dictature. La « nostalgie des Duvalier » est une menace très réelle pour la démocratie haïtienne et surtout pour sa jeunesse. La population haïtienne est constituée d’une majorité de jeunes. L’histoire récente d’Haïti et de la période duvaliériste est très peu enseignée dans les écoles, alors qu’elle a eu des conséquences énormes sur la société d’aujourd’hui.

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Le “joker” Jean Samuel André, animateur des débats qui ont suivi les saynètes

Le Théâtre Forum est un théâtre participatif où sont proposés des récits centrés sur des expériences personnelles et collectives. La pédagogie du Théâtre Forum est essentiellement axée sur le dialogue avec les spectateurs qui permet d’ouvrir un débat sur des thématiques difficiles qui préoccupent la collectivité.

Des saynètes sur le thème de la dictature duvaliériste ont été présentées à des élèves de S1, S2, S3 et S4 par une équipe de comédiens professionnels. Trois saynètes d’une durée de 5 à 7 minutes suivies d’un débat d’environ 15 minutes ont été programmées au théâtre de verdure du CAP. Elles ont donné lieu à des débats vifs et intenses sous la houlette du « joker » Jean Samuel André.

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Les acteurs du Théâtre Forum

La première saynète Kamoken met en scène deux étudiants en plein débat  sur la situation politique. Deux de leurs camarades ont disparu. La mère de l’un d’eux survient et demande à l’autre de partir : les murs ont des oreilles ! Ici l’atmosphère de peur et d’insécurité qui régnait alors est très bien rendue. Le débat qui suivit fut intense.

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La 2ème saynète  Jistis Fatra  met en scène une vendeuse qui vient au tribunal réclamer justice pour son fils qui a été injustement arrêté. Il n’avait fait que défendre sa mère battue par des Tontons Macoutes qui ne voulaient pas payer ce qu’ils avaient consommé. L’un des Tontons Macoutes étant apparenté aux Duvalier, la  juge renonce à prononcer une décision en faveur de la marchande.

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La 3ème saynète Ce sont eux  met en scène un homme qui subit des violences physiques parce qu’il a en sa possession un livre avec une couverture rouge…donc forcément communiste…donc forcément conspirateur ! Et pour être libéré il doit accepter malgré lui que sa femme se donne à l’un des Tontons Macoutes qui la convoite. C’est une saynète qui montre à quel degré de monstruosité et d’absurdité le régime dictatorial des Duvalier en était arrivé.

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Les acteurs de Théâtre Forum dans la saynète Jistis Fatra

La séance en plein air au théâtre de verdure aurait pu se prolonger tard dans l’après-midi tant les questions étaient nombreuses et le public intéressé par les thématiques et le jeu des acteurs. Par ses qualités d’animateur et son charisme naturel, Jean Samuel André a su faciliter les prises de parole et rapidement installer une dynamique de réflexion individuelle et collective. Ce fut un très bon moment d’expression et de confrontation des points de vue de chacun.

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Pinas Alcera, avocate, insistant sur l’importance de transmettre l’expérience et la connaissance de la période Duvalier et de la relier aux problèmes d’aujourd’hui.

 

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Vue partielle de l’assistance

26 septembre 2018 : messe de requiem et hommages à Madame Rossillon

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Mercredi 26 septembre 2018 à 9h une messe de requiem en hommage à Mme Véronique Rossillon a été concélébrée à la salle paroissiale polyvalente du Lamandou par Monseigneur Sauveur Content entouré de nombreux prêtres venus des différentes paroisses du Sud-Est, en présence des enfants et petits-enfants de Madame Rossillon, M. et Mme Kléber et Martine Rossillon et Mesdames Suzanne et Geneviève Rossillon. Les autorités civiles et policières, des personnalités, les membres du personnel, les enseignants, les élèves et les parents d’élèves du Centre Alcibiade Pommayrac , des anciens élèves du CAP, des délégations d’autres établissements et de nombreux Jacméliens et Sudestois avaient tenu à être présents pour cette célébration. La chorale Sainte Cécile, avec son brio habituel, a assuré l’animation avec des chants et des intermèdes musicaux.

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C’est Mademoiselle Marie-Axelle Antoine, élève de terminale au CAP, qui présenta les différents intervenants avant leur prise de parole pour rendre hommage à Madame Rossillon avant la cérémonie religieuse.

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C’est d’abord  M. Jean Jackson Siméon, étudiant finissant à la faculté des sciences de Port-au-Prince, qui s’adressa à l’assistance au nom des anciens élèves du CAP :

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Monseigneur, Révérends Pères,
Madame Martine et Monsieur Kléber Rossillon,
Mesdames Geneviève et Suzanne Rossillon,
Mesdames et messieurs les autorités civiles et policières,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

La disparition de Madame Véronique Rossillon nous plonge dans une profonde affliction. Le départ de cette dame exceptionnelle laisse un vide incommensurable dans le cœur de tous ceux qui l'ont connu. La communauté jacmélienne aura toujours une reconnaissance éternelle pour son immense générosité. Madame Rossillon, en amie fidèle de la ville et des jeunes Jacméliens, s’est investie dans l’avancement de la jeunesse haïtienne d’une manière exemplaire à travers le centre Alcibiade Pommayrac. Une entreprise qu’elle a soutenue avec une incroyable constance durant 42 ans en terre étrangère  jusqu'à son dernier souffle. Aujourd’hui, nous honorons à juste titre sa générosité et son dévouement inégalés. Un dévouement que nous souhaiterions ardemment retrouver chez nos sœurs, nos frères du pays dans ces moments difficiles.

Imaginez, une seconde, Jacmel, sans ce don sans prix que nous a légué Madame Véronique Rossillon. Qu'adviendrait-il de ces 840 élèves et 80 personnes qui étudient ou travaillent au centre Alcibiade Pommayrac chaque jour ? Et surtout ces 840 familles soulagées de pouvoir offrir une éducation de qualité à leurs enfants. Des élèves et un personnel jouissant d'un cadre luxuriant, agréable et surtout œuvrant au sein de la  grande famille du CAP pour donner vie à «  la belle école » à laquelle rêvait Madame Rossillon.

De 1976 à 2018, plus d’une quarantaine de générations ont pu bénéficier de la générosité de cette admirable mécène. Si discrète ! Noble et digne, elle ne s’est jamais mise en avant et ne souhaitait pas qu'on parle d’elle. Une très grande dame !

Sans cette grande dame, qu’en serait-il de ces nombreux jeunes qui ont réussi leurs études avec brio et sont entrés dans la vie active, bien armés et sans crainte. Cela me remplit de joie, de fierté, de voir à la faculté des Sciences de l’université d’état d’Haïti, les anciens du Centre Alcibiade réussir brillamment. C’est l'une des facultés les plus éprouvantes et les plus exigeantes de l'Université d'État d'Haïti. Sortis du cocon si sécurisant qu'est le centre Alcibiade Pommayrac, nos débuts dans la vie universitaire à Port-au-Prince ne sont pas toujours faciles. Heureusement nous avons reçu le bagage nécessaire pour nous donner la force et les moyens de réussir : le goût de l’effort, l’esprit critique, la confiance en nous pour donner le meilleur de nous-mêmes et l’exigence qui nous permet de nous construire, fidèles aux vœux de notre chère fondatrice.

Nous avons été des privilégiés. Les murs de notre école nous ont protégés d'une réalité trop souvent triste. Notre pays connait des temps difficiles, une situation parfois désespérée. Plusieurs milliers de fils et filles du pays ont été conduits à s’expatrier. Au CAP, la sérénité et le cadre propice à des études sérieuses nous ont préservés de cette dure réalité. Une ambiance de quiétude et de travail que finalement nous souhaiterions pour chaque jeune Haïtien. Nous gardons espoir qu’un jour Haïti sera dotée de structures d’accueil adéquates pour scolariser l’ensemble de nos frères et sœurs dans les meilleures conditions possibles.

La disparition de Madame Véronique Rossillon nous plonge dans une profonde angoisse. Cette courageuse dame s'en est allée. Les enfants d'Alcibiade doivent prendre conscience de leur responsabilité vis à vis de cette grande institution. C’est le moment de resserrer nos liens afin que ce fabuleux rêve puisse poursuivre son chemin. Nous félicitons toutes les associations d'anciens élèves qui ont vu le jour jusqu'à aujourd'hui, acapfds, tapaj production et toutes les autres. Nous les encourageons dans leur mission. Qu'elles se reconnaissent entre elles comme les enfants d'une même mère aimante. Une mère qui leur a tout donné et a fait d'eux ce qu'ils sont aujourd'hui. Nous travaillons à l’édification d’une grande association des Anciens qui englobera toutes les autres. Elle sera le trait d’union entre le Centre Alcibiade, ses filles et ses fils. Nous souhaitons d’ores et déjà la bienvenue à toutes celles et tous ceux qui voudront en faire partie.

Grâce aux nouvelles technologies de communication, être à l’intérieur ou à l'extérieur du pays n'est plus un handicap. Peu importe où nous sommes, nous pouvons être de vrais citoyens et plus que jamais des adeptes du vivre ensemble. A notre niveau, nous pouvons contribuer à soutenir le Centre Alcibiade Pommayrac dans la poursuite de sa mission.

 Un grand merci à la famille de Madame Rossillon, tout spécialement à madame Martine et monsieur Kléber Rossillon, à mesdames Suzanne et Geneviève Rossillon, venus tout spécialement à Jacmel. Nous partageons votre immense peine.

 Merci aux amis proches,  merci à toutes celles et à tous ceux qui ont témoigné pendant toutes ces années un soutien indéfectible au centre Alcibiade Pommayrac, qui ont porté ce rêve jusqu'à notre génération. Nous vous en sommes profondément reconnaissants. L'aventure n'est pas finie. Persévérons ensemble et menons-la à bon port, fidèle à la volonté de notre fondatrice. Entretenir le rêve auquel elle a consacré une grande partie de sa vie, c'est immortaliser à jamais sa mémoire.

« J'avais l'idée de créer une bonne école. Il s'est trouvé que plusieurs amis  dont Me Wessner LAHENS, Me Guy DOUYON, l'architecte Albert MANGONES, m'ont attirée en Haïti. C'est le professeur Jean CLAUDE qui a choisi Jacmel, sa ville natale,  pour y créer l'école que j'imaginais, un établissement de qualité accessible à toutes les familles… »

C’est un extrait du discours prononcé par madame Rossillon à l’ambassade d’Haïti en France lorsqu’elle a été honorée pour son œuvre. Reprendre les mots de cette grande dame nous donne l’occasion de rendre hommage à toutes ces personnes d’exception sans qui le Centre Alcibiade Pommayrac n’aurait pas existé : le professeur Jean CLAUDE, Me Bonnard POSY, Me Marc SAINT ANGE, M et Mme Molière CHANDLER ,Me Wessner LAHENS, Me Guy DOUYON, l'architecte Albert MANGONES, et tant d’autres. Nous ne saurions les citer toutes mais nous leur serons toujours infiniment reconnaissants.

Nos respects et notre profonde reconnaissance à M. Gérard Borne , M. Jean-Yves Bourcier, Mme Marie-Gabrielle Géhy, M. Dominique Plonquet, Mme Sylfana Marcelin, et à tout le personnel administratif, dont Mme Lahatte, au corps professoral, à tout le personnel de soutien dont  madame Noé, et aussi à tous ceux et celles qui nous ont laissé en chemin et qui resteront à jamais dans notre mémoire. Cette grande famille alcibiadienne qui fait vivre au quotidien une  institution où chaque Jacmélien ou  Sud’Estois a désormais un enfant, un parent, un proche ou un ami.

Chère Madame Véronique Rossillon, votre souvenir ne s’effacera jamais de nos mémoires.

Sursum Corda.

Après M. Jean Jackson Siméon c’est M. Ronald Andris, ancien maire de Jacmel, qui s’est adressé à l’assistance au nom des enseignants et du personnel du Centre Alcibiade Pommayrac :

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J’ai l’heureux privilège d’être désigné par mes collègues pour intervenir en leur nom à cette cérémonie organisée en mémoire à Mme Véronique Rossillon, fondatrice du Centre Alcibiade Pommayrac. Contrairement aux habitudes qui veulent qu’en pareille circonstance on adopte un style dithyrambique, j’essaierai d’être le plus sobre possible pour être en communion avec celle dont nous honorons la mémoire.

Il y a des rencontres qui valent de l’or. Celle qui scella l’amitié entre Jean Claude et Véronique Rossillon est de cette catégorie. Jean Claude, jeune Jacmélien, amoureux de sa chère cité, partit parfaire ses études en France et lia amitié avec Véronique Rossillon. L’amour de ce jeune homme pour sa ville était visible. Il portait Jacmel en lui. Jacmel l’habitait tellement si bien qu’à travers lui Véronique Rossillon finit par adopter la cité de René Dépestre et de Bonnard Posy. Elle la visita, tomba sous ses charmes et décida de contribuer à son développement. Elle demanda à Jean Claude, devenu professeur, de lui présenter les besoins pressants de sa ville. Versé dans le monde éducatif, tout naturellement, il mit en avant la nécessité de doter Jacmel d’un établissement secondaire de qualité.

Véronique Rossillon n’a pas seulement établi à Jacmel un établissement de qualité, elle a fait du Centre Alcibiade Pommayrac une école de vie. De tradition chrétienne, elle s’était fait sienne ce précepte biblique bien connu : « l’éducation élève une nation. » Le centre Alcibiade Pommayrac est conçu comme un foyer humaniste destiné à développer une vision complète de l’homme en rupture avec le simple psittacisme et le conformisme à l’haïtienne qui se contente de produire des têtes bien pleines indifférentes au vécu et au sort de leurs semblables.

Véronique Rossillon, cette femme au grand cœur, cultivait en elle des qualités rares. Sa vie était générosité, elle donnait de son argent, de son temps, de ses conseils et surtout de sa personne pour aider les autres à se construire, à bâtir leur avenir.

En Haïti, elle a laissé d’importantes traces  de cette générosité sans pareil. Secondée par son mari Philippe, elle s’était battue corps et âme pour refaire l’amitié franco-haïtienne. Sa pugnacité a porté fruit et a abouti à la naissance de ce bijou dressé au flanc des mornes qu’est la route de l’amitié, que beaucoup aiment qualifier de réalisation d’importance majeure de la coopération française en Haïti.

Malgré ses réalisations, elle n’était jamais satisfaite, elle voulait toujours faire plus. Certains auraient pu juger qu’avec la création d’une école comme Alcibiade Pommayrac et la route de l’amitié que son œuvre était parfaite, complète. Mais jamais une telle idée ne frôlait son esprit.  Elle continuait sans cesse à offrir son aide aux enfants de plusieurs autres structures jacméliennes. L’école des frères, l’école des sœurs, l’école J.M. Henriquez, l’école Evelyna Lévy, la Radio Télé Express, pour ne citer que celles-là, ont tous bénéficié de son soutien.

Véronique Rossillon était la simplicité même. Combien de fois ne l’a-t-on pas vu en compagnie des jardiniers en train d’apprendre les secrets de la faune haïtienne, de nourrir elle-même les poulets, d’interroger  ou de féliciter un professeur dont elle venait de suivre le cours? Toute son œuvre a été accomplie dans la plus grande humilité. Elle se mettait au service des autres sans fanfare ni trompette. Ainsi irradiait-elle de bonheur tous ceux et celles qui ont eu le plaisir de la côtoyer et de la rencontrer.

C’est pourquoi cet instant  au lieu d’être un moment d’affliction et de désespoir doit être pour nous l’occasion de lui exprimer notre admiration, notre attachement à ses valeurs et de lui dire qu’elle peut partir en paix. Nous sommes fiers d’être ses dignes héritiers et de travailler à la conservation de sa mémoire.

Voilà, Chère assistance,  peut-être  un peu trop rapidement rappelée la vie  de cette dame hors du commun que la camarde vengeresse vient de nous ravir.

Après M. Ronald Andris, c’est M. Eliot Roy qui a pris la parole au nom de la société civile du Sud-Est :

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Mesdames, Messieurs,

C’est un très grand  honneur pour moi de participer à cette célébration à la mémoire de Madame Véronique Seydoux Rossillon. Permettez qu’en tout premier lieu, j’exprime à ses enfants et petits- enfants, ici présents, l’hommage du respect et de la peine des Jacméliennes et des Jacméliens, qu’ils soient parents d’élèves ou non. Je profiterai de l’occasion pour présenter, en leur nom, à la famille Rossillon leurs condoléances certes tardives, mais oh combien sincères pour la perte de l’être cher !

Mesdames, Messieurs,

Pour rendre à Madame Rossillon, l’hommage qu’elle mérite il conviendrait de célébrer, comme il se doit, sa vie et ses œuvres au cours de son passage sur cette terre. Mais n’ayant pas eu le privilège de vivre dans l’intimité de cette grande dame, je me contenterai de louer l’œuvre magnifique que son amour d’Haïti et de Jacmel nous a léguée. Je veux parler du Centre Alcibiade Pommayrac.

Ce centre que la République entière nous envie, Jacmel le doit à la rencontre d’un Jacmélien « hormonal », le Professeur Jean Claude et de celle dont nous honorons aujourd’hui la mémoire.

Mesdames,Messieurs

Venant de quelqu’un d’autre, la création du CAP aurait pu être la réalisation d’un petit projet parmi d’autres, l’acte banal et routinier d’un mécène soucieux d’améliorer les statistiques de ses bonnes œuvres, ou obéissant, plus prosaïquement, à des préoccupations d’ordre fiscal. Madame Rossillon en a fait, au contraire, une œuvre de bienfaisance durable, un investissement dans l’humain. !  Aussi l’existence de ce Centre est-elle appréciée à sa juste valeur par les Jacméliennes et les Jacmeliens qui y voient, avec raison, l’élan du cœur d’une amoureuse d’Haïti et de ses enfants, le geste d’une véritable mère de famille préoccupée par l’éducation de ces derniers.

Madame Rossillon a non seulement doté Jacmel d’un Centre, « FET e FOUNI »,(comme nous disons ici) d’une institution disposant de tout ce qu’il faut en termes de personnel enseignant, et de matériels pédagogiques, mais elle en assure depuis bientôt quarante- deux ans le fonctionnement régulier par le biais de l’association Franco -haïtienne pour l’éducation et la culture l’AFHEC.

Je souligne, au passage que les générations d’élèves qui sont passées par le CAP font heureusement honneur à la générosité de Mme Rossillon. De cela je peux en témoigner pour en avoir rencontré quelques échantillons à Paris ou pour avoir eu des échos de leurs performances et de leur excellent niveau.

Mère de famille, Madame Rossillon le fut pour les nombreux (es) jeunes Jacméliennes et Jacméliens bénéficiaires de bourses pour aller entreprendre des études universitaires en France.  Elle est même allée jusqu’à en intégrer certaines dans sa propre famille !!! Toujours attentive à la bonne marche de l’institution et surtout du bien-être des élèves. Elle tenait à   venir vérifier sur place, au moins une fois par an, que tout marche bien. Malheureusement, les parents d’élèves n’apercevront plus, hélas le visage tutélaire de cette grand-mère couvant de son regard affectueux la multitude d’élèves évoluant dans la cour du Centre, comme autant de ses petits-enfants.

Enfin, il n’est pas possible de passer sous silence le rôle joué, au quai d’Orsay, par son feu mari, Monsieur Philippe Roussillon en vue de faire aboutir le dossier de la construction de la route de l’Amitié par la France. De  cela aussi Jacmel lui est redevable.

Je suis là aujourd’hui, pour proclamer devant sa famille, au nom des Jacméliennes et des Jacméliens, que nous considérons Madame Véronique Rossillon comme notre « Trésor jacmélien »

Le  CAP, œuvre majeure de Madame Rossillon à Jacmel  sera là pour la rappeler à jamais au souvenir  des Jacméliennes et des Jacméliens qui, par ma voix, lui disent  du fond du cœur :

« Merci Madame »

Après M. Eliot Roy, c’est M. Emmanuel Nicaisse, directeur départemental de l’Education Nationale qui s’est adressé à l’assistance :

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Après M. Emmanuel Nicaisse, c’est M. Jean-Yves Bourcier, directeur du Centre Alcibiade Pommayrac, qui a lu l’hommage écrit spécialement par l’Académicien Dany Laferrière pour Madame Rossillon :

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Pour saluer un visage

Je voudrais saluer tout d'abord ceux qui sont présents ici et d'autres comme moi, qui ne peuvent être parmi vous pour de multiples raisons mais ressentent ce vertige causé par la disparition de notre amie Véronique Rossillon. Je crois qu'en mourant on se disperse dans l'air en poussières d’étoiles et chacune des miettes d’étoiles va se déposer sur l’épaule de quiconque a croisé la vie du disparu.

Par bonheur alors, on retrouve une particule de Véronique Rossillon dans les coins les plus reculés du monde. C'est une pluie d’étoiles qui couvre aujourd'hui la ville de Jacmel. Je ne connais Véronique Rossillon que par Jacmel. Il y a longtemps que j'entends parler de Véronique Rossillon mais avant tout du Collège Alcibiade Pommayrac de la qualité de l'enseignement que l'on reçoit dans ses murs, de son site magnifique, de la lumière qui éclaire le visage des élèves qui le fréquentent. C'est dit-on l'un des meilleurs établissements scolaires du pays. J'ai vérifié maintes fois cette affirmation et je peux certifier qu'il n'a pas volé  sa réputation. Ce n'est que de manière fortuite d'ailleurs que j'ai appris qui était derrière cette merveilleuse aventure de l'esprit: Véronique Rossillon. Une telle discrétion se fait rare dans un monde ou le visage tend à cacher le paysage. Ce qui semblait intéresser Véronique Rossillon c’était d’empêcher la petite lueur de s’éteindre des yeux de ces enfants dont la plupart viennent de familles modestes des environs. Elle voulait briser ce sort qui touche aujourd'hui une grande partie de la jeunesse haïtienne. Elle ne s'est pas contentée de régler la note, elle s'y est investie jusqu'au bout de sa route. A chaque fois qu'on se rencontre on en parle, parfois avec fureur , d'autres fois avec ce bonheur rayonnant qui la rend si radieuse et séduisante. Je dois dire que Véronique Rossillon avait fini par faire partie du paysage de Jacmel, et qu'aujourd'hui, par des professeurs qui furent des élèves auparavant, les amis, les élèves, tout le paysage pour ainsi dire s’apprête à honorer son visage. Ce qui l'aurait rendu confuse et furieuse car on ne doit pas perdre de temps avec elle quand il y a tant à faire. Eh bien non Véronique aujourd'hui nous prendrons le temps qu'il faut pour applaudir celle qui, avec un cœur gros comme une mangue d’été et une poignée de lettres d'alphabet a su éclairer les visages tout en illuminant le paysage.

Dany Laferrière

Après M. Jean-Yves Bourcier, c’est M. Gérard Borne qui s’est adressé à l’assistance :

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Monseigneur,  Révérends Pères,
M. et Mme Kléber et Martine Rossillon,
Mesdames Suzanne Rossillon-Tardieu et Geneviève Rossillon-Londe,
Mesdames et Messieurs les autorités civiles et policières,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, nous voici au sein de cette église, unis et rassemblés dans une même peine.

Il y a deux mois nous étions réunis à Cazenac en Dordogne pour rendre hommage à Madame Rossillon après ce long moment de stupeur qui s’était emparé de nous.

Après ce départ soudain c’était le deuil, la peine, la douleur de ses enfants, de ses petits-enfants, de ses arrière-petits-enfants, de sa famille et de ses nombreux amis à Beynac, à Cazenac, à Paris et à travers la France.

Au même moment en Haïti c’était la sidération, la stupéfaction et l’affliction. A Jacmel en particulier, dès que la nouvelle s’est propagée à grande vitesse, plongeant toute une ville et plusieurs générations de Jacméliens et de Sudestois dans une infinie tristesse. Car Madame Rossillon laisse derrière elle une œuvre inestimable.

De nombreuses personnalités ont rapidement réagi. Parmi elles, Mgr Launé Saturné, encore évêque de Jacmel et président de la conférence épiscopale d’Haïti, qui a été intronisé archevêque du Cap-Haïtien dimanche dernier et qui s’est exclamé : « C’est une grande perte, non seulement pour Jacmel, mais aussi pour tout le pays ». Yanick Lahens, figure emblématique des lettres haïtiennes,  prix Fémina 2014, a aussitôt fait part de sa vive émotion sur les réseaux sociaux. Gary Victor, l’écrivain le plus lu en Haïti, a immédiatement réagi pour dire toute l’admiration qu’il éprouve pour Madame Rossillon et présenter ses condoléances à ses enfants et aux petits-enfants.

Mais l’onde de choc s’est surtout propagée parmi les élèves, le personnel et les anciens élèves du Centre Alcibiade Pommayrac qui n’ont cessé de faire part de leur sidération et multiplier les témoignages, plus émouvants les uns que les autres, pour dire leur peine et rendre hommage à la grande Dame qu’est Madame Rossillon.

Jamais Madame Rossillon n’a été aussi présente dans le cœur des  Jacméliens. Toutes les radios ont diffusé des messages et des veillées ont été spontanément organisées par des élèves ou des anciens élèves du centre.

L’attachement de Madame Rossillon pour Haïti et plus particulièrement pour Jacmel ; d’autres l’ont dit avant moi mais il est bon de le redire ici. « Alcibiade », parce qu’en Haïti on ne dit pas Alcibiade Pommayrac, on dit « Alcibiade » «  élèv  alsybiad yo ». « Alcibiade » est né de sa rencontre avec le professeur Jean Claude qui lui a été présenté par son mari, Philippe Rossillon, lorsqu’ils ont venus ensemble à Jacmel. Convaincue que l’éducation est la clé de toutes les réussites et désireuse d’apporter sa contribution au développement d’Haïti, Madame Rossillon s’est lancée dans une aventure exaltante : la création d’un établissement scolaire de qualité accessible à tous. Faire de son utopie, de son rêve d’ « une belle école », une réalité. Elle a choisi de concrétiser ce rêve à Jacmel.

En 1976, dans des locaux acquis au cœur de la ville, elle a ouvert les premières classes avec le professeur Jean-Claude, Me Bonnard Posy, Me Marc Saint-Ange, Mme Marie-Gabrielle Géhy et un groupe d’enseignants prêts à s’engager dans ce défi. Puis dans les années 80 ce fut la construction d’un établissement moderne au Lamandou qui s’est étoffé au fil des années et s’est niché dans un magnifique écrin de verdure.

Durant 42 ans, contre vents et marées, bravant cyclones, séisme et turbulences politiques, Madame Rossillon a constamment maintenu le cap et donné vie à son rêve d’une «  belle éducation  », celle qui promeut, celle qui élève, celle qui façonne de futurs citoyens prêts à s’engager dans le développement de leur pays.

Aujourd’hui ce sont plus de 840 élèves, de la maternelle à la terminale, qui bénéficient de cette «  belle éducation » telle que la concevait Madame Rossillon. Le taux de réussite aux examens officiels est de 100%. Deux anciens élèves ont été admis à l’ENA. Deux autres ont été ministres dans le gouvernement de leur pays. Beaucoup font de brillantes carrières en Haïti ou à l’étranger. Et tous les autres réussissent brillamment les études qu’ils entreprennent quelles que soient les voies choisies. Tous les anciens élèves du CAP restent viscéralement attachés à leur école et ils savent tout ce qu’ils lui doivent : le goût de l’effort, l’esprit critique, la confiance en soi pour donner le meilleur de soi-même et l’exigence qui permet de se construire. C’était là l’objectif et le credo de Madame Rossillon. Jean-Jakson Siméon l’a lui aussi évoqué dans sa prise de parole au nom des anciens élèves d’Alcibiade. Madame Rossillon, parce qu’à Jacmel on ne dit pas Madame Véronique Rossillon, on dit Madame Rossillon. Madame Rossillon rêvait de donner à tous les élèves d’Alcibiade des bases solides, robustes, une formation ouverte, exigeante, pour qu’ils puissent être véritablement  acteurs de leur vie, une vie fraternelle dans le monde de demain.

Oui c’est une très grande Dame qui nous a quittés et qui restera à jamais dans nos cœurs. « Une grande Dame » : c’est l’hommage qui fuse de toute part, une grande Dame pétrie d’humanisme, une grande Dame dont la dignité se doublait d’une extrême réserve de comportement, une grande Dame dotée d’une personnalité exceptionnelle qui nous a tous fortement marqués, une grande Dame dont l’altruisme désintéressé et discret forçait le respect.

 Lorsqu’elle séjournait au CAP, dans «  son petit paradis », disait-elle, cette grande Dame avait le don de s’intéresser à tous, élèves, professeurs, personnel, quelles que soient leurs fonctions, avec une empathie naturelle et souvent chaleureuse même si elle était exigeante. C’est ce que M. Ronald Andris nous a rappelé il y a quelques instants au nom des professeurs.

A vous tous ici rassemblés dans la même peine, je voudrais rappeler que Madame Rossillon ponctuait souvent  ses missives par la devise qui est désormais celle du CAP, après avoir été celle de Jacmel dans le fameux poème du barde jacmélien, Alcibiade Pommayrac :

 Sursum corda !

Alors  Haut les cœurs !

 Permettez-moi enfin de citer un extrait de Fragments d’un jour de Maurice Genevoix :

 «  Il n’y a pas de mort. Je peux fermer les yeux. J’aurai un paradis dans les cœurs qui se souviendront »

  Nous nous souviendrons, Madame!

 

Après M. Gérard Borne, c’est M. Kéber Rossillon, fils de Madame Rossillon, qui a pris la parole :

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Lè m te timoun, Manman m te fè m plante yon ti jaden kote m te mete radi ak flè. Se mwen ki te premye elèv li. Li te vin gen anpil lot elèv tou : nou se ti frè ak ti sè mwen. Mwen yon ti jan jalou paske nou te gen plis chans pase m : nou te konnen la fami Lamitié.

Oui ma mère aimait la nature. Chaque plante du CAP se souvient d’elle.

Ma mère aimait les enfants, surtout les petits enfants. Elle voyait en chacun une personne digne d’intérêt et de respect.

Sa passion était l’éducation. C’était un intérêt qui venait de loin dans sa famille : son ancêtre François Guizot avait été le premier Ministre de l’instruction publique en France.  Il avait organisé le système des écoles primaires, ouvert des milliers d’écoles et fait reculer l’illettrisme. Sa famille s’est toujours intéressée aux questions d’éducation. Aujourd’hui, ses petites filles, Marguerite, Suzanne et Geneviève prennent la relève et s’engagent pour le CAP. 

Deux mois ont passé depuis sa disparition.  Dans les rêves où elle m’apparaît, derrière une vitre, je me demande si elle va me parler. Mais non ! il faut s’y faire, et son sourire de bienvenue, son sourire de bonté, ne sera plus que dans nos souvenirs.

Chers amis, chère famille, gardons ce souvenir.  Restons unis et tâchons de suivre l’exemple de Véronique Rossillon.  

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Monseigneur Sauveur Content prononçant son homélie durant la messe de requiem

 

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Lecture du Livre des Proverbes versets 5 à 9 par Madame Geneviève Rossillon-Londe

 

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25 septembre 2018 : Cérémonie d’hommage à Madame Rossillon à la mairie de Jacmel

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Mardi 25 septembre 2018  à 17h une cérémonie  républicaine  en hommage à Mme Véronique Rossillon  a été organisée à la mairie de Jacmel en présence de nombreuses personnalités, de ses enfants et petits-enfants M. et Mme Kléber et Martine Rossillon et  Mesdames Suzanne et Geneviève Rossillon.

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Mesdames Suzanne, Martine et Geneviève Rossillon, M. Frantz Pierre-Louis secrétaire général de la Délégation, M. Pierre-Michel Lafontant Délégué départemental, Mme Lourdie César Maire-adjointe, Monsieur Kléber Rossillon, Dr Emmanuel Ménard, Dr Jean-Elie Gilles Recteur de l’université publique du Sud-Est

 
C’est M. Jean-Elie Gilles, recteur de l’Université publique du Sud-Est et ancien élève du CAP, qui a prononcé l’allocution de bienvenue.

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Madame le Maire de Jacmel,
Monsieur le Délégué départemental du Sud-est,
Monsieur le Directeur départemental de la PNH/Sud-est,
Monseigneur Sauveur Content, Vicaire General du Diocèse de Jacmel
Monsieur Gérard Borne, Consul Honoraire de France
Monsieur Jean-Yves Bourcier, Directeur du Centre Alcibiade Pommayrac,
Mesdames, Messieurs de la société civile,
Mesdames, messieurs des organismes déconcentrés de l’état,
Mesdames, messieurs de la presse parlée, écrite et télévisée,
Chers élèves, professeurs, employés du centre,
Chers parents, chers Jacméliens, Jacméliennes, amants de l’éducation de qualité,
Mesdames, Messieurs,

 C’est pour nous un grand honneur d’être ici cet après-midi pour la célébration posthume de l’esprit de feue Madame Véronique Seydoux-Rossillon, une humaniste, une bienfaitrice de Jacmel, une amie, une mère, un grand-parent.

Je voudrais, au nom de tous les Jacmèliens et de tous les bénéficiaires du Centre Alcibiade Pommayrac, institution d’enseignement secondaire présente dans la ville de Jacmel depuis 42 ans, souhaiter la plus cordiale bienvenue à la famille Rossillon qui a fait le déplacement de la France vers Haïti pour assister à cette cérémonie.  Mesdames, Messieurs, votre mère a fait œuvre qui vaille et tout Jacmel vous remercie de votre présence ici ce soir.

Madame Véronique Seydoux-Rossillon est arrivée à Jacmel dans les années 1970 avec son mari, Philippe Rossillon pour visiter leur ami, le Professeur Jean Claude, l’un des fondateurs du Centre d’Etudes à Port-au-Prince. Charmés par la beauté de Jacmel, Les Rossillon devinrent bientôt de vrais amants de cette ville et Madame Rossillon décida de s’associer avec son ami Jean Claude pour mettre sur pied le Centre Alcibiade Pommayrac. Vu qu’à l’époque le Lycée Pinchinat avait une pléiade de professeurs de carrière tels que MMmes Bonnard Posy, Marc Saint-Ange, André Neptune, Jimmy Plantin, Kesner Posy, Eda Lapierre, Madame Hector Lafontant, … pour ne citer que ceux-là, ils furent parmi les premiers à enseigner au Centre.  Et, il y avait beaucoup de coopérants aussi venant de France à travers les années : les professeurs, Boucheriau, Duong, Yves Fabre, Sibolt, Pachoud, Marie Barthe,  ….. Des professeurs chevronnés, incitant les élèves à mettre en exergue leur intelligence.

Les élèves étaient brillants et les professeurs au top de leurs jeux pédagogiques. Il faut croire que l’enseignement du Centre est utile pour avoir formé tant de gens qui travaillent dans tous les domaines : éducation, armée, police, santé, justice et jurisprudence,  télécommunication, vocations religieuses…

Le Centre Alcibiade existe depuis 42 ans bien sonnés à l’horloge de son existence et l’éducation reçue dans l’enceinte de cet établissement est une éducation internationale, humaine qui a permis à ceux qui ont pu obtenir des bourses ou aller vers l’extérieur de briller de tous leurs feux et, c’est toujours avec fierté que les anciens du CAP définissent la matrice nourricière, l’Alma mater qui  leur a permis de devenir des citoyens responsables.

L’esprit laïque qui prévalait dans les ambiances scolaires ont permis a permis que la tolérance soit une qualité que beaucoup d’entre nous avions appris à cultiver et sortir des carcans de l’intolérance et de l’obscurantisme qui prévalent toujours dans des petites villes de provinces. Nous devons beaucoup au Centre Alcibiade et notre reconnaissance va éternellement à notre fondatrice, Madame Véronique Seydoux-Rossillon.

L’ex-maire de Jacmel et sénateur du Sud-est, Mr Edwin Daniel Joseph Zenny, dit Edo, décora Madame Rossillon comme première citoyenne de Jacme parce qu’il avait le sens de cette reconnaissance posthume que nous manifestons tous aujourd’hui envers Madame Véronique Rossillon.

Nous promettons à la famille Rossillon que lorsqu’elle reviendra pour sa prochaine visite a Jacmel, un buste de leur maman sera inauguré sur la cour du Centre Alcibiade Pommayrac.

Nous souhaitons à tous de passer un agréable moment ce soir et de n’avoir que des idées positives car Madame Véronique Rossillon c’était la positivité qui a permis que tant de rêves deviennent réalités, que tant de jeunes aient pu bénéficier d’une bonne éducation. Nous célébrons sa vie : Jacmel Sursum Corda ! Feu Jean d’Ormesson a écrit : « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. » Madame Véronique Seydoux-Rossillon, vous êtes à jamais présente dans nos cœurs.

Mesdames, Messieurs, ce sont avec ces mots que nous commençons la cérémonie de la célébration de la vie de la bienfaitrice et la fondatrice du Centre Alcibiade pour sa générosité qui nous rappelle que nous sommes sur terre pour apporter un peu d’humanité autant que possible à tous ceux qui croisent notre chemin.

Nous ne saurions terminer nos propos sans adresser des remerciements spéciaux à Mesdames, Joan Dithny Raton, Sheila Zenny-Khawly, Medjine Jessie Raton-Zenny, Sénateur Edwin Zenny et d’autres anciens du Centre Alcibiade Pommayrac qui ont contribué à la réalisation de cet après-midi de reconnaissance à l’endroit de notre généreuse bienfaitrice. MERCI DE VOTRE PRECIEUSE COLLABORATION. Merci à la mairie de Jacmel qui nous reçoit à l’Hôtel de ville. Merci parce que vous allez donner le  nom de cette grande dame que nous pleurons, à une rue de la ville. Désormais le Lamandou aura sa rue  « Véronique  Seydoux Rossillon » près du Centre Alcibiade Pommayrac.

Merci

Jean-Elie Gilles, ancien du centre Alcibiade Pommayrac, promotion 1987-88

Après M. Jean-Elie Gilles, c’est Madame Lourdie César, Maire de Jacmel, qui a pris la parole.

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C’est pour moi un grand honneur de prendre la parole dans cette enceinte, à l’occasion de cette cérémonie pour célébrer la mémoire de feue Madame Véronique Seydoux-Rossillon, Humaniste, femme de cœur, bienfaitrice de Jacmel, fondatrice du Centre Alcibiade Pommayrac de Jacmel, mère et grand-mère.

Je voudrais profiter de l’occurrence pour souhaiter la plus cordiale bienvenue à Jacmel aux membres de sa famille ici présents et leur présenter de sincères condoléances au nom de la mairie et de tous les Jacmeliens et Jacmeliennes. Je vous demande, Mesdames, Messieurs, de vous lever pour que nous puissions prendre un moment de silence à la mémoire de Madame Véronique Seydoux-Rossillon. …….. Merci

Madame Véronique Seydoux-Rossillon est venue à Jacmel, après la construction de la route de l’Amitié pour laquelle son époux, Philippe Rossillon, avait fait des démarches auprès du gouvernement français et, l’Ambassadeur d’Alors, Bernard Dorin, grand amoureux de Jacmel comme Monsieur Rossillon apporta toute sa collaboration pour que notre patelin puisse devenir le bénéficiaire digne de cette route qui nous sert encore aujourd’hui.  Madame Véronique Rossillon eut donc l’idée géniale de contribuer à l’éducation de la jeunesse jacmelienne et haïtienne, en s’associant avec son ami, le Professeur Jean Claude, pour fonder le Centre Alcibiade Pommayrac de Jacmel.

Selon Confucius, philosophe chinois (551-479 av. J.-C.), « De l’éducation naît la confiance. De la confiance naît l’espoir. De l’espoir naît la paix. »

Madame Véronique Rossillon avait en vue cette définition de l’éducation puisque le Centre Alcibiade Pommayrac est, depuis 1976, une institution éducative de qualité ouverte à tous les Jacméliens, à tous les Haïtiens pour devenir ce foyer culturel national ouvert où l’apprentissage de la liberté, de la responsabilité citoyenne et du dialogue. Ce centre est devenu le creuset dur éveil des consciences des élèves qui ont eu le privilège de le fréquenter.  La formation que l’on reçoit au Centre Alcibiade Pommayrac est respectée partout en Haïti, à l’étranger et en France car, l’on sait que les élèves  y sont préparés non seulement pour s’approprier les sciences et les lettres  mais surtout les valeurs et les principes socioculturels  et mondiales qui doivent leur permettre de devenir des hommes et des femmes accomplis, capables de penser par eux-mêmes, en tant qu’ ambassadeurs de l’excellence, qui sentent au plus profond de leurs êtres, les peines et les luttes de leurs concitadins et concitoyens.

On rentre au Centre Alcibiade Pommayrac pour se transformer, à travers les règles rigides du savoir, du savoir-être, du savoir-vivre et du savoir-vivre-ensemble. Et, c’est ainsi que nous voyons nos enfants, nos frères, nos sœurs transformer dignement leur aimable adolescence et innocence en forte virilité humaine, éduqués pour jamais au sens de la justice afin de combattre pour l’équité de tous.  Au Centre Alcibiade Pommayrac, nos enfants apprennent à cultiver le goût du challenge, de l’indépendance intellectuelle, du mérite et, le sens de la responsabilité inculquée au cours des parcours du primaire et du secondaire permettent de mieux comprendre que cette formation n’est pas pour eux-mêmes mais pour qu’ils puissent mieux vivre avec les autres.

Mesdames, Messieurs,

Dans un monde où les identités se menacent d’une manière meurtrière, le Centre Alcibiade continue à prodiguer une instruction et une éducation ouvertes et accueillantes, comme levier d’identité haïtienne, en préparant des citoyens et des citoyennes du monde conscient de leur liberté, amoureux de la culture et des arts au carrefour des spiritualités vaudouesques, catholiques et protestantes. Voilà pourquoi nous rencontrons parmi les anciens élèves du Centre Alcibiade Pommayrac tant de défenseurs des dignités et des causes humaines. L’Education reçue au Centre Alcibiade Pommayrac reste et demeure une éducation moderne, dans un monde en pleine mutation dans le même esprit que les deux rapports phares de l’UNESCO, intitulés respectivement Apprendre à être (1972), ou « Rapport Faure », et L’éducation : un trésor est caché dedans (1996), ou « Rapport Delors » où les aspirations aux droits de l’homme et à la dignité humaine avaient déjà  permis de comprendre à cette époque ,  que les sociétés sont de plus en plus connectées malgré l’intolérance et les conflits qui restent omniprésents . Et, dès lors, les défis à relever sont de plus en plus exacerbés, les possibilités de mettre en place un développement durable passe par l’éducation. Une éducation qui va au-delà de la lecture, de l’écriture et du calcul, de l’analphabétisme et de l’illettrisme dans un environnement d’apprentissage propice au renforcement du caractère de l’apprenant, au renforcement de la justice, de l’équité sociale et de la solidarité mondiale.

C’est à cette vision humaniste du 20eme siècle de l’éducation considérée comme un bien commun essentiel que Madame Véronique Rossillon nous conviait tous et toutes, quand elle avait justement fondée le Centre Alcibiade Pommayrac.

Une éducation essentielle au cadre mondial, intégré des objectifs de développement durable avec au cœur le programme de transformer l’homme, susceptible de permettre à l’élève, futur citoyen responsable de s’adapter aux changements, afin de transformer le monde dans lequel nous sommes appelés à vivre.

Mesdames, Messieurs,

Une éducation de base à qualité supérieure constitue le fondement indispensable d’un apprentissage, tout au long de la vie dans un monde complexe en évolution rapide. Et, puisque la durabilité de cette éducation est d’abord la responsabilité qui incombe aux individus et aux sociétés d’agir en faveur de l’édification d’un avenir meilleur pour tous, aux niveaux local et mondial, un avenir où le développement socioéconomique repose sur la justice sociale et la gestion avisée de l’environnement, nous pouvons conclure que Madame Véronique Seydoux-Rossillon a bien mérité de la Patrie Haïtienne en fondant le Centre Alcibiade Pommayrac, et , son souvenir est a jamais gravé dans nos cœurs.

Que son âme repose en Paix !

 Jacmel, Sursum Corda !!!

 Après Madame Lourdie César, c’est M. Pierre-Miche Lafontant, Délégué du Sud-Est qui s’est adressé à l’assistance.

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C’est pour moi un grand honneur de prendre la parole à l’occasion de la cérémonie d’hommage à feue Madame Véronique Seydoux-Rossillon dont nous célébrons la mémoire aujourd’hui pour son œuvre, sa vision et son charisme au nom de l’éducation de qualité dans un pays comme le nôtre où ce concept est devenu presque lettre morte.

Mesdames, Messieurs,

Madame Véronique Seydoux-Rossillon nous a quittés, mais elle restera dans notre mémoire de peuple, de communauté en quête de survie pour une éducation de qualité une personnalité tutélaire dont l’histoire a déjà inscrit le nom dans les annales des grands noms de notre histoire. Aussi, chers membres de la famille de Madame Véronique Rossillon, nous voulons vous faire savoir, à travers l’hommage que nous rendons à votre mère et votre grand-mère aujourd’hui que nous, Jacméliens et Jacméliennes, partageons en filigrane vos sentiments d’affliction et de tristesse et vous assurons de notre plus vive sympathie.  A ces sentiments de peine que notre souvenir d’elle nous commande, il y a aussi de manière indissoluble le témoignage de notre respect, de notre reconnaissance et de notre admiration envers la bienfaitrice de notre ville qui, par la fondation du Centre Alcibiade Pommayrac, en 1976 a permis à des milliers de jeunes filles et de jeunes hommes de notre pays d’avoir accès a l’éducation de qualité, laïque, engagée envers le monde afin d’en faire des citoyens et des citoyennes du monde, imbus de leur responsabilité comme Elite . Pas une élite frimeuse et prétentieuse, mais une élite qui se met au service du monde, a l’instar de notre fondatrice dont l’humilité légendaire est devenue pour bon nombre d’entre nous source inspiration. Cette humilité, fruit de l’attachement de Madame Véronique Rossillon aux principes républicains de la servitude volontaire est aussi une inspiration pour nous tous, anciens et nouveaux élèves du Centre Alcibiade Pommayrac, Jacméliens, Jacméliennes, citoyens citoyennes d’un pays à court de modèles et, elle doit nous inciter à la sagesse.

Il ne suffit pas seulement d’évoquer ici ce que Madame Rossillon nous a légués en héritage, à travers l’éducation qu’elle a permis aux jeunes de notre ville d’en être les bénéficiaires, mais surtout ce qu’elle nous a   enseignés par son attitude, sa personnalité attachante, effacée, et pour tout dire, son œuvre est inséparable de ses qualités humaines exceptionnelles.

Sa sincère et profonde bienveillance, sa gentillesse sans afféterie, son sens exigeant de l’écoute et du dialogue va nous manquer à tous. Pour nous tous qui l’avons connu et aimé, elle n’était pas seulement la   fondatrice du    Centre Alcibiade Pommayrac mais cette grande dame, cette maman qui cultivait l’ouverture aux autres et à la jeunesse dont elle soutenait les projets. Elle n’aimait pas les idées toutes faites, parce qu’elle était attentive aux solides convictions pour mieux faire évoluer les positions dans des relations interpersonnelles totalement dépourvues de préjugés et de préconçus. Avec elle, pas question de tour d’ivoire éloignée des réalités du quotidien haïtien, voilà pourquoi elle conjuguait au plus haut point le sens de l’éthique de la compréhension de l’autre.

Nous sommes tous et toutes vivement très conscients et surtout reconnaissants de tout ce que la fondatrice de cette institution a pu faire pour notre communauté, et, d’une façon ou d’une autre, nous avons tous bénéficié de sa vision pour Jacmel et de son engagement humanitaire. Son départ vers l’Orient éternel ne rend pas seulement sa famille orpheline mais nous en sommes également.  Voilà pourquoi nous sommes conscients d’être, aujourd’hui, plus que jamais, les héritiers de sa bonté et de son humanité. Ce sont donc, par conséquent, ces sentiments qui doivent galvaniser notre fidélité et les affections filiales, hier, à sa personne et désormais à sa mémoire pour cet héritage de conviction et d’amour pour l’humanité dans le besoin.

Madame Véronique Seydoux-Rossillon, vous aviez offert à nos enfants, à nos frères et sœurs de toutes les couches sociales de Jacmel, l’éducation comme opportunité pour échapper à la pauvreté du jugement, au dénuement des situations sociales et humaines, nous vous en sommes éternellement reconnaissants.

Que la terre vous soit légère !

Sursum Corda !

 Après M. Pierre-Miche Lafontant, ce sont deux élèves de la promotion actuelle de terminale au CAP, Marc Jodel Alcindor et Wilder Fiéfé Jean, qui se sont adressé au public.

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 « Il pleure dans mon cœur.. » C’est ce magnifique poème de Paul Verlaine qui me vient à l’idée à l’occasion de cette cérémonie en l’honneur de Madame Rossillon, la fondatrice et mécène de notre collège. Comme vous le savez tous, le 23 juillet dernier elle nous a tiré sa révérence de façon inattendue. Nous avons perdu au centre notre mère spirituelle, notre maman. Ce brusque départ nous a pétrifiés et nous laisse décontenancés pour longtemps encore.

Voilà quatorze ans que je fréquente le Centre Alcibiade Pommayrac, quatorze ans déjà que je côtoie cette dame au grand cœur. Nous la rencontrions chaque année lors de ses traditionnelles visites. Toujours aussi discrète que possible, elle nous transmettait au cours de ses brèves apparitions en salle l’amour de l’éducation. Elle s’y prenait avec un respect et une attention des plus délicats, tout comme l’aurait fait une grand- mère avec ses petits-enfants.

Je dois avouer que le développement des communautés éducatives en Haïti nous laisse espérer l’apparition d’autres personnalités de l’envergure de Madame Rossillon.

Aujourd’hui très chère madame, nous voulons vous rendre hommage, non seulement pour la gentille et humble dame que vous fûtes mais également pour avoir à jamais marqué nos vies. Votre départ nous inflige une tristesse incommensurable. Cependant vous demeurez vivante dans nos cœurs.

Vous continuerez à marquer les générations à venir. La flamme de votre mémoire continuera à illuminer le Centre Alcibiade Pommayrac.

Merci  Madame !

 Après Marc Jodel Alcindor et Wilder Fiéfé Jean, c’est le poète et écrivain Maurice Cadet qui s’est adressé à l’assistance.

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 Aujourd’hui, j’ai la parole brassée dans les tonalités contraires, partagée entre cet hommage à une vie étincelante et cette note de tristesse qui décolore nos regards à chaque grand départ.

A Jacmel, le nom de Madame Véronique SEYDOUX-ROSSILLON nous est venu comme une parcelle d’étoile tombée du ciel. Un vrai conte de fée : on aurait pu dire : « Il était une fois une dame au noble cœur » avec une main tendue vers une humanité en pleine dérive. C’est arrivé sans les transes des attentes. Et la générosité fit le reste.

Ici s’arrête l’abrégé de cette belle histoire. Au fil des ans, l’œuvre de Madame Véronique Rossillon est devenue une imposante réalisation. Dans une ville qui voyait partir vers d’autres pays beaucoup de ses enfants, sans être capable de faire le moindre geste pour les retenir. Un beau matin, la grisaille se dissipa avec l’ouverture d’un établissement scolaire qui s’imposa, dès le départ, par la qualité de son enseignement et les exigences d’une discipline stricte. Tout ceci, grâce à une administration, dirigée de main de maitre, depuis la fin des années 1980 par deux enseignants de carrière : Monsieur Jean-Yves BOURCIER et Monsieur Gérard BORNE. Quelle belle trouvaille ! Je ne m’attarderai pas sur les débuts de ce beau projet. J’étais loin de Jacmel, bien engourdi dans les froidures du Québec, un coin de pays bien cher à Philippe Rossillon. De ce nouveau Centre d’Enseignement a Jacmel, j’en ai eu les bonnes nouvelles par l’entremise d’un vieux cousin, le Professeur Jean CLAUDE, également mon ancien prof. de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure de Port-au-Prince. Paix à son âme de vieux co-fondateur du Centre Culturel Alcibiade Pommayrac.

L’œuvre est immense. Le cœur de la Dame aussi. Et depuis, des générations de femmes et d’hommes formés sur les bancs du Centre Alcibiade Pommayrac se succèdent et se rencontrent au hasard de la vie, en évoquant le temps de leurs belles années dans cet établissement scolaire. Puis arriva le temps du grand défi. Celui de maintenir pendant toutes ces années la qualité de la formation académique de ces élèves et de leur donner une bonne discipline intellectuelle. A voir les résultats on peut dire aujourd’hui : Pari gagné !

Honneur et Respect aux Messieurs Jean-Yves BOURCIER et Gérard BORNE.

 Mesdames, Messieurs,

Je ne pose pas la question à savoir que serait devenu le monde scolaire de Jacmel sans la présence de cet établissement scolaire ? La réponse est évidente et ma petite coquetterie de poète ne cultive pas l’art des redites.

Dormez en paix, Véronique SEYDOUX-ROSSILLON. Bien avant la tombée du rideau, le public applaudissait déjà. Au nom de la ville de Jacmel, au nom de mes jeunes amis, anciens élèves de cet établissement, au nom des parents jacmeliens, je vous dis : MERCI Madame ROSSILLON.

Et avec la même ferveur, je dis aussi merci à la famille qui continue l’œuvre colossale de MADAME ROSSILLON. Vos noms resteront à jamais gravés dans les majuscules de l’Histoire de Jacmel et longtemps après nous, on parlera à Jacmel de la noblesse du geste.

Avec les sentiments de reconnaissance de toute la population de Jacmel. Bon retour chez vous.

Maurice Cadet, écrivain

 Après le poète et écrivain Maurice Cadet, c’est le Dr Emmanuel Ménard qui s’est adressé à l’assistance.

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Après le Dr Emmanuel Ménard , Mesdames Geneviève Rossillon-Londe et Suzanne Rossillon-Tardieu  ont pris la parole.

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Suzanne

Nous vous remercions pour ces mots, qui expriment de façon très juste l’engagement de Véronique Rossillon.

Notre grand-mère nous a quittés il y a maintenant deux mois et a été inhumée à Cazenac, en Périgord, dans le sud-ouest de la France. Néanmoins, l’hommage n’aurait pas été complet sans une cérémonie, à Jacmel, dans le sud-est d’Haïti, où elle laisse une partie de son âme.

La famille et les amis de Véronique auraient aimé venir aujourd’hui, car malgré sa grande discrétion et son humilité, elle ne faisait pas mystère de son attachement profond à Jacmel et au Centre Alcibiade Pommayrac. Ma sœur Geneviève et moi-même, Suzanne, portons la responsabilité de les représenter aujourd’hui, avec nos parents Kléber et Martine Rossillon.

Il y a plus de 40 ans, notre grand-mère a rencontré le Professeur Jean Claude, qui lui avait été présenté par son mari Philippe Rossillon. Convaincue des liens qui unissaient les pays francophones, elle a créé le Centre Alcibiade Pommayrac en 1976.

Pour nous, le CAP n’a d’abord été qu’un lieu mystérieux vers lequel notre grand-mère s’envolait deux fois par an. Quand elle rentrait de ses séjours à Jacmel, c’était toujours avec un “sac à malices”, dans lequel elle nous laissait piocher des merveilles colorées, bêtes imaginaires en bois ou papier mâché.

Dans sa maison en banlieue parisienne, nous regardions avec elle des épisodes de la Famille Lamitié, la méthode d’apprentissage du français bien connue des élèves du Jardin d’Enfants.

Plus tard, quand nous fûmes en âge d’entrer au collège, grand-mère s’intéressait à nos programmes scolaires et testait nos connaissances, pour conclure invariablement : mes élèves haïtiens sont bien meilleurs.

Et puis, il vint un jour où elle nous estima prêtes à l’accompagner ici. En la suivant dans ses virées dans Jacmel, nous avons été présentées comme ses pitit pitit et nous avons compris à quel point elle se sentait ici chez elle.

Geneviève

Mais surtout, en observant ses inspections méticuleuses du CAP, nous avons pris conscience de son œuvre. Ce qui n’était encore que récits de voyage et théories sur l’éducation sont devenus une réalité. Nous avons pu voir ce qu’était la “belle éducation” donnée aux élèves d’Alcibiade : le goût de l’effort, l’esprit critique, la confiance en soi pour donner le meilleur de soi-même et l’exigence qui permet de se construire. Et nous avons compris tout ce qu’il fallait de persévérance, de culot et d’enthousiasme pour faire vivre le CAP.

Aujourd’hui, nous rendons hommage à notre grand-mère mais nous formulons aussi une promesse d’engagement.

Véronique Rossillon s’inquiétait du sort du CAP après sa disparition.

Il y a quelques années, elle a constitué un conseil d’administration chargé de poursuivre son action.

Avec notre sœur Marguerite, M. Zumbiehl et Mme Hyest, nous sommes honorés qu’elle nous ait  confiés de prendre sa suite.

Grand-mère a fondé cette école avec la conviction que l’éducation pouvait changer des vies et ne se limite pas à ce qui se passe à l’intérieur d’une salle de classe. A Alcibiade, tout l’environnement a été façonné par elle, de la cantine au choix des arbres. Soucieuse du bien-être de tous, elle conversait avec les jardiniers, les cuisinières, les gardiens et le personnel administratif.

Nous ne serons pas trop de cinq pour prendre sa relève. 

Il y a 3 semaines, 850 élèves ont repris le chemin de l’école pour venir remplir les classes du jardin d’enfants au secondaire. Même si cette institution est désormais orpheline, ce rituel de la rentrée des classes se répètera encore des dizaines de fois, 

Car fidèles à notre grand-mère et au personnel du centre Alcibiade qui ne se sont jamais découragés devant les difficultés, nous ferons nôtre la devise du CAP : “Haut les cœurs” !

SURSUM CORDA !

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Madame Véronique Seydoux-Rossillon

Pour sa contribution à l’éducation de qualité en Haïti, par la création du Centre Alcibiade Pommayrac de Jacmel qui forme les élites de cette ville depuis 1976.

Merci pour tout !

La ville de Jacmel vous est à jamais reconnaissante

 Fait à Jacmel, le 17 septembre 2018

Anciens élèves du CAP 1976-2016

 

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Vue partielle de l’assistance à la mairie

 

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Animation musicale : Les frères Benoit et Jacmelian Brass

 

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La Mairie de Jacmel a donné le nom de Madame Rossillon à une rue mitoyenne, au sud des locaux du Centre Alcibiade Pommayrac.

 

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Invitation à la cérémonie d’hommage à Madame Véronique Rossillon Fondatrice et Mécène du Centre Alcibiade Pommayrac

INVITATION A LA CÉRÉMONIE D’HOMMAGE A MADAME VÉRONIQUE ROSSILLON

FONDATRICE ET MÉCÈNE DU CENTRE ALCIBIADE POMMAYRAC

Pour honorer la mémoire de leur bienfaitrice Madame Véronique Rossillon qui nous a subitement quittés le 23 juillet 2018, la direction, les enseignants, le personnel et les élèves du CAP vous convient à une cérémonie religieuse d’hommage qui aura lieu à la salle paroissiale polyvalente au Lamandou à Jacmel en présence de sa famille le 26 septembre 2018 à 9h:00 am

Vendredi 27 juillet 2018 : Nous nous souviendrons, Madame!

M.R

Mesdames, Mesdemoiselles , Messieurs,

Nous voici réunis à Cazenac pour rendre hommage à Madame Rossillon après ce long moment de stupeur qui s’est emparé de nous.

Ici bien sûr c’est le deuil, la peine, la douleur de ses enfants, de ses petits-enfants, de ses arrières-petits-enfants, de sa famille et de ses nombreux amis à Beynac, à Cazenac, à Paris et à travers la France.

Là-bas en Haïti , c’est la sidération, la stupéfaction et l’affliction. A Jacmel en particulier, dans la presqu’île du Sud-Est, dès que la nouvelle s’est propagée à grande vitesse, plongeant toute une ville et plusieurs générations de Jacméliens et de Sudestois dans une infinie tristesse. Car Madame Rossillon laisse derrière elle une œuvre inestimable.

De nombreuses personnalités ont déjà réagi. Parmi elles, Mgr Launé Saturné, évêque de Jacmel, président de la conférence épiscopale d’Haïti, qui vient d’être promu archevêque du Cap-Haïtien, 2ème ville du pays et qui s’est exclamé : « C’est une grande perte , non seulement pour Jacmel, mais aussi pour tout le pays ». Yanick Lahens, figure emblématique des lettres haïtiennes , prix Fémina 2014, a aussitôt fait part de sa vive émotion sur les réseaux sociaux. Gary Victor , l’écrivain le plus lu en Haïti, a immédiatement réagi au téléphone pour dire toute l’admiration qu’il éprouve pour Madame Rossillon et présenter ses condoléances aux enfants et aux petits-enfants de Madame Rossillon.

Mais l’onde de choc s’est surtout propagée parmi les élèves, le personnel et les anciens élèves du Centre Alcibiade Pommayrac qui ne cessent de faire part de leur sidération et multiplient les témoignages, plus émouvants les uns que les autres, pour dire leur peine et rendre hommage à la grande Dame qu’est Madame Rossillon.

La ville entière ne parle que de Madame Rossillon. Jamais Madame Rossillon n’a été aussi présente dans le cœur des  Jacméliens. Toutes les radios diffusent des messages et des veillées ont été spontanément organisées par des élèves ou des anciens élèves du centre.

L’attachement de Madame Rossillon pour Haïti et plus particulièrement pour Jacmel est né de sa rencontre avec le professeur Jean Claude qui lui a été présenté par son mari, Monsieur Philippe Rossillon. Convaincue que l’éducation est la clé de toutes les réussites et désireuse d’apporter sa contribution au développement d’Haïti , Madame Rossillon s’est lancée dans une aventure exaltante : la création d’un établissement scolaire de qualité accessible à tous à Jacmel.

En 1976, dans des locaux acquis au cœur de la ville, elle a ouvert les premières classes avec le professeur Jean-Claude, Me Bonnard Posy, Me Marc Saint-Ange, Mme Marie-Gabrielle Géhy et quelques enseignants prêts à s’engager dans ce défi. Puis dans les années 80 ce fut la construction d’un établissement moderne au Lamandou qui s’est étoffé au fil des années et s’est niché dans un magnifique écrin de verdure.

Durant 42 ans , contre vents et marées, bravant cyclones, séisme et turbulences politiques, Madame Rossillon a constamment maintenu le cap et donné vie à son rêve d’une «  belle éducation  », celle qui promeut, celle qui élève, celle qui façonne de futurs citoyens prêts à s’engager dans le développement de leur pays.

Aujourd’hui ce sont plus de 850 élèves , de la maternelle à la terminale, qui bénéficient de cette «  belle éducation » telle que la concevait Madame Rossillon. Le taux de réussite aux examens nationaux est de 100 % , notamment au baccalauréat. Deux anciens élèves ont été admis à l’ENA. Deux autres ont été ministres dans le gouvernement de leur pays. Et tous les autres réussissent brillamment les études supérieures qu’ils entreprennent quelles que soient les voies choisies. Tous les anciens élèves du CAP restent viscéralement attachés à leur école et ils savent tout ce qu’ils lui doivent : le goût de l’effort, l’esprit critique, la confiance en soi pour donner le meilleur de soi-même et l’exigence qui permet de se construire . C’était là l’objectif de Madame Rossillon.

Oui c’est une très grande Dame qui nous a quittés et qui restera à jamais dans nos cœurs. « Une grande Dame » : c’est l’hommage qui fuse de toute part ces derniers jours, une grande Dame pétrie d’humanisme, une grande Dame dont la dignité se doublait d’une extrême réserve de comportement, une grande Dame dotée d’une personnalité exceptionnelle qui nous a tous fortement marqués, une grande Dame dont l’altruisme désintéressé et discret forçait le respect.

 Lorsqu’elle séjournait au CAP, dans «  son petit paradis », disait-elle , cette grande Dame avait le don de s’intéresser à tous, élèves, professeurs, personnel, quelles que soient leurs fonctions, avec une empathie naturelle et souvent chaleureuse même si elle était exigeante.

A vous tous ici rassemblés dans la même peine, je voudrais rappeler que Madame Rossillon ponctuait souvent  ses missives par la devise qui est désormais celle du CAP, après avoir été celle de Jacmel dans le fameux poème d’Alcibiade Pommayrac :  sursum corda !

 Alors  Haut les cœurs !

 Permettez-moi enfin de citer un extrait de Fragments d’un jour de Maurice Genevoix :

 «  Il n’y a pas de mort. Je peux fermer les yeux. J’aurai un paradis dans les cœurs qui se souviendront »

  Nous nous souviendrons, Madame!

 gb

 Beynac et Cazenac en Dordogne, ce 27 juillet 2018

VeroniqueRossillon

Adieu Monsieur Dominique Antoine !

Dimanche  1er juillet 2018

C’est ce dimanche 1er juillet 2018 qu’ont eu lieu les funérailles de monsieur Dominique ANTOINE à l’église évangélique Baptiste Eben-Ezer de Jacmel, station centrale, à 15h pm.

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Une foule de parents, de proches, de collègues et d’amis ont tenu à venir témoigner leur attachement à leur frère Dominique ANTOINE , frère Dodo, parti bien trop tôt. L’église Eben Ezer était pleine à craquer et les derniers arrivants durent suivre l’office debouts. Le Pasteur Wilson MAÎTRE, le Pasteur Lionel MENTOR, le Rév. Gabner LERICHE, le Diacre Audain LAFLEUR et Frère Claudy St CLAIR ont tour à tour et longuement  évoqué le souvenir de Dominique ANTOINE, son parcours et  son engagement social et religieux  dans sa communauté. Il y avait beaucoup d’émotion.

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La chorale de l’église et les moniteurs de l’école du dimanche interprétèrent de très beaux chants. Ses collègues du Centre Alcibiade Pommayrac et de l’Institution mixte Puits d’espoir, qu’il avait créée, très éprouvés, étaient encore en état de sidération après ce départ si soudain.

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Les amis et les collègues de monsieur Dominique ANTOINE  entouraient de leurs soins attentifs  son épouse et son  fils  ainsi que les membres de sa famille.

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Au nom du Centre Alcibiade Pommayrac, monsieur Jean-Yves BOURCIER, directeur, s’adressa à  l’assistance recueillie et très affectée par cette disparition subite :
Révérends Pasteurs, chers membres de la famille de monsieur ANTOINE Dominique, chers collègues et élèves du Centre Alcibiade Pommayrac, chers amis et proches du défunt,
Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, nous voici unis et rassemblés au temple Eben Ezer, dans une même peine : la disparition de monsieur Dominique ANTOINE.
Monsieur Dominique ANTOINE, Maître ANTOINE fut un pilier, un poto mitan du Centre Alcibiade Pommayrac.
Maître Antoine y entra en 1993. Il eut successivement la responsabilité d’enseigner à plusieurs niveaux.

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Tout au long de ces 25 années, il fut un éducateur de grande qualité qui encadra avec humilité, générosité et dévotion de nombreuses générations d’élèves.
Les élèves de monsieur Dominique ANTOINE garderont de lui le souvenir d’un maître plein d’énergie, passionné par son métier, sachant transmettre avec bienveillance ses cours.
Chargé de la catéchèse au CAP, il mena cette tâche avec un grand sérieux et une grande foi.
Toujours d’égale humeur, il fut au sein de l’équipe pédagogique un collègue apprécié et respecté. Il nous manquera.
Madame Véronique Rossillon, fondatrice du Centre Alcibiade Pommayrac, me prie de transmettre ses plus sincères condoléances à toute la famille et à tous les proches de monsieur Dominique ANTOINE qu’elle appréciait beaucoup.
Que monsieur Dominique ANTOINE repose en paix.
Son souvenir sera toujours vivant au sein du Centre Alcibiade Pommayrac et dans nos cœurs.

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Max, très cher Max

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C’est le mardi 3 avril 2018 qu’ont eu lieu  les funérailles de Max Kenny  FONTILUS  MACRAE à la salle polyvalente  du  diocèse de Jacmel au Lamandou. L’officiant principal était le  Révérend père Samson  Pierre.

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Une foule dense se pressait pour rendre un dernier hommage à Max qui nous a subitement quittés le 26 mars 2018 : sa maman Marika Macrae, son papa Kenson FONTILUS, sa sœur Anika, son frère Jacob, toute sa famille profondément affectée, ses proches, ses amis, les professeurs, le personnel, les élèves et l’équipe de direction du  Centre  Alcibiade  Pommayrac.

Au cours de son homélie le Révérend père Samson Pierre a longuement évoqué le souvenir de Max Kenny que sa famille et ses proches appelaient affectueusement Max. Doté d’une grande intelligence, enjoué et très actif, enfant affectueux et élève modèle, Max avait fait sa première communion en 2015 sous le patronage du révérend père Samson Pierre. L’assistance était extrêmement bouleversée et profondément recueillie.

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 Après le révérend père Samson Pierre c’est Subrin Gabriel Ludner Sylvaince, délégué élu de la classe de philo du CAP qui a pris la parole au nom de la famille de Max :

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Max Kenny, né le 5 décembre 2004 a toujours été un garçon calme,observateur et qui aimait la solitude. A l’âge de trois ans il connaît sa première et certainement sa plus grande amitié. Lui et Harriel sont restés soudés, des cousins déclarés et des camarades de classe du préscolaire jusqu’à la classe de 7ème année fondamentale.

Harriel ! Nous savons que cette perte est très douloureuse pour toi comme elle l’est pour nous tous. Courage !

En classe Max était un enfant sage, concentré et qui aimait son silence. Il tenait à plaire aux professeurs et à avoir leur attention de temps en temps.

Max était un fin danseur. Il prenait des cours de danse à Xaragua et éprouvait du plaisir à danser avec Sonson, Pégy et Junior.

Membre de l’USJ, il assistait aux entraînements de basket. Il aimait ces samedis car il avait la chance de pratiquer ce sport qui le fascinait et ceci parmi des amis qu’il admirait tant !

Sur le plan social, Max s’était engagé dans toutes sortes d’activités en commençant par le groupe Joker boys. Il était le plus petit d’entre vous mais vous avez su l’encadrer comme un petit frère. Comme l’un des vôtres.

Il était le fan n°1 de sa sœur Anika et adorait la voir performer soit dans les disciplines sportives, soit dans les disciplines artistiques.

Il était membre du groupe masqué Bèl madigra. Encore une fois un petit garçon parmi les grands. Messieurs ! Il vous adorait.Surtout Ti Mac qui le protégeait et l’encourageait tout le long du processus.

A la maison Max a été notre potomitan. Il s’assurait du bon fonctionnement de son foyer. Personne n’avait le droit d’être triste car il détestait à la fois la tristesse et la souffrance. Avec Max dans la maison c’était toujours la joie, les blagues et des moments de fous rires.

Personne n’avait le droit de s’absenter trop longtemps. Pour Max notre place était ensemble et à la maison. Il planifiait les menus, veillait à ce qu’on mange en famille, s’occupait des plantes et des fleurs du jardin.

Il courait après les servantes quand elles prenaient du retard. C’était un grand frère adoré qui prenait du temps pour apprendre à son petit frère Jacob comment faire la course en voiture, jouer à cache-cache et même à tolérer un grand frère « faroucheur » comme lui.

Enfin nous savons que vous êtes tous affectés par son départ si prématuré et si soudain car il était un enfant qui agissait avec son cœur.

Malgré son jeune âge, il a su nous charmer grâce à sa passion pour l’art, son goût de vivre, ses moqueries et sa joie.

La famille vous remercie pour ce dernier adieu. Que le sourire de Max continue à briller en nous et que Dieu nous accorde à tous la force nécessaire pour surmonter cette épreuve.

Sur cette terre Max était, dans nos cœurs il est et il restera à jamais.

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 Après Subrin Gabriel Ludner Sylvaince, délégué élu de la classe de philo du CAP, c’est Gérard Borne qui s’est exprimé au nom du Centre Alcibiade Pommayrac :

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 Révérends Pères.,

Chers Marika, Nico, Anika, Jacob et vous tous membres de la famille si éprouvés,

Chers amis et proches qui avez tant aimé Max Kenny,

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, nous voici au sein de cette église, unis et rassemblés  dans une même douleur.

Max, très cher Max, tu es là dans notre cœur, plus vivant que jamais en nous.

Max, très cher Max, nous sommes bouleversés, sidérés, foudroyés. Pourquoi toi? Nous t'aimions tant.

Max, très cher Max, nous sommes si tristes et si malheureux. Bien sûr, tu le sais, tes condisciples, tes camarades, tes professeurs et tout le personnel du Centre Alcibiade Pommayrac sont sous le choc. Le ciel nous est tombé sur la tête. Tu appartiens depuis si longtemps, comme ta maman Marika, comme ta sœur Anika, à la grande famille alcibiadienne. Tu le resteras pour l’éternité.

Madame Véronique Rossillon, fondatrice du Centre Alcibiade Pommayrac, nous prie de transmettre à toute la famille de Max, en ces douloureuses circonstances,ses sincères condoléances et ses sentiments les plus affectueux. « Dites bien, écrit-elle, que le souvenir de Max restera précieusement dans nos mémoires. »

Max, très cher Max, si aimé des tiens et de tes amis, nous avons eu le privilège d’être avec toi de trop courtes années. Merci pour chaque moment où tu as été avec nous. Tu as illuminé la vie de ta maman, de ton papa, de ta sœur, de ton frère et de tous ceux qui t’ont côtoyé. Tu as été élevé avec amour. C’était si facile de t’aimer. Tu as grandi avec une générosité, une grâce et un amour infini. Tu étais de ces êtres auprès desquels il fait bon être. Tu vivais en harmonie avec toi-même et avec toutes celles et tous ceux qui t’entouraient.

Max, très cher Max, voilà 7 jours que nous sommes éberlués, déboussolés, désemparés. Voilà 7 jours que presque chacune de nos pensées commencent par une négation. Il ne viendra plus comme chaque jour au CAP. Nous ne plaisanterons plus ensemble comme lorsque je le croisais dans les couloirs : « Alors monsieur le délégué, comment ça va ? » Il ne sera plus présent aux réunions, notre délégué élu de 7ème année fondamentale, à la sagesse bien plus profonde qu’elle ne l’est à cet âge, au sourire chaleureux, à l’appétit plein de santé. Absents aussi désormais son bon sens et son bon cœur. Nous ne rencontrerons plus dans la cour du CAP le duo complice des inséparables qu’étaient Max et Harriel et nous ne l’apercevrons plus durant les séances d’instruction civique au bout de la longue table face à madame Géhy.

Chers Marika, Nico, Anika , Jacob et vous tous membres de la famille et alliés, amis et camarades ici rassemblés, vous l’avez tant aimé Max et c’est justement à travers lui que vous trouverez la force de continuer. La lumière qu’il projetait était si intense qu’elle continuera à vous éclairer, à nous éclairer même après que l’astre qui la produisait s’est éteint.

Lorsque Victor Hugo a perdu sa très chère fille Léopoldine qui s’est noyée à la fleur de l’âge, il a trouvé la force et le courage d’écrire l’un de ses plus beaux et plus émouvants poèmes :


Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur.
Et, quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleurs.

Oui , chers parents et amis de notre très cher Max, si éprouvés, il nous faut puiser du courage et continuer. Pour nous y aider lisons et relisons encore les Saintes Écritures :

Psaumes 34
L’Eternel est près de ceux qui ont le cœur brisé. Et il sauve ceux qui ont l’esprit d’abattement.

Psaumes 147
Il guérit ceux qui ont le cœur brisé. Et il panse leurs blessures.

Samuel 1-27-28 
C’était pour cet enfant que je priais, et l’Éternel  a exaucé la prière que je lui adressais. Aussi je veux le prêter à l’Éternel. Il sera toute sa vie prêté à l’Éternel. Et ils se prosternèrent devant l’Éternel.

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A la fin de la cérémonie religieuse ponctuée par de magnifiques chants interprétés par la chorale de la paroisse et accompagnée avec brio par un ensemble musical qui comptait plusieurs élèves du CAP, le papa de Max, Kenson FONTILUS, a pris la parole pour évoquer la mémoire de son fils et  demander à l’assistance de ne pas pleurer. « Il m’a parlé. Il est bien arrivé. Il ne veut pas que vous soyez tristes. Séchez vos larmes. »

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Activités dans le cadre des rencontres interclasses du CAP

La première activité  concerne  les élèves de la classe de philosophie et de la classe de sixième année fondamentale.

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Les élèves de la classe de terminale  découvrent pour la deuxième fois cette année  la réflexion des élèves de sixième année sur les sujets tels que  la religion, la morale et  la liberté.

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Le regard naïf et pragmatique des élèves de sixième année sur ces sujets permet à leurs aînés de renforcer l'approche de ces concepts et de replacer ces thématiques dans le système socio-culturel de leur pays . Quant aux plus petits ils réfléchissent à  ces différentes notions et s'initient  à l'art oratoire.

La deuxième  activité concerne les élèves de la classe de sixième année et de la classe de première année.

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A l'issue de la période d'apprentissage de la lecture, une fois par semaine,  les élèves de sixième année encadrent la lecture et la compréhension d'une histoire. Chaque groupe de deux élèves de première année à un tuteur de sixième année.

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Responsabilisés, les élèves de sixième année découvrent le rôle d'animateur et prennent conscience de la gestion d'un groupe. Les élèves de première année découvrent à travers cette activité  encadrée  la joie de lire des histoires dans un livre. La prochaine étape sera la pratique de la bibliothèque.

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