25 septembre 2018 : Cérémonie d’hommage à Madame Rossillon à la mairie de Jacmel

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Mardi 25 septembre 2018  à 17h une cérémonie  républicaine  en hommage à Mme Véronique Rossillon  a été organisée à la mairie de Jacmel en présence de nombreuses personnalités, de ses enfants et petits-enfants M. et Mme Kléber et Martine Rossillon et  Mesdames Suzanne et Geneviève Rossillon.

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Mesdames Suzanne, Martine et Geneviève Rossillon, M. Frantz Pierre-Louis secrétaire général de la Délégation, M. Pierre-Michel Lafontant Délégué départemental, Mme Lourdie César Maire-adjointe, Monsieur Kléber Rossillon, Dr Emmanuel Ménard, Dr Jean-Elie Gilles Recteur de l’université publique du Sud-Est

 
C’est M. Jean-Elie Gilles, recteur de l’Université publique du Sud-Est et ancien élève du CAP, qui a prononcé l’allocution de bienvenue.

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Madame le Maire de Jacmel,
Monsieur le Délégué départemental du Sud-est,
Monsieur le Directeur départemental de la PNH/Sud-est,
Monseigneur Sauveur Content, Vicaire General du Diocèse de Jacmel
Monsieur Gérard Borne, Consul Honoraire de France
Monsieur Jean-Yves Bourcier, Directeur du Centre Alcibiade Pommayrac,
Mesdames, Messieurs de la société civile,
Mesdames, messieurs des organismes déconcentrés de l’état,
Mesdames, messieurs de la presse parlée, écrite et télévisée,
Chers élèves, professeurs, employés du centre,
Chers parents, chers Jacméliens, Jacméliennes, amants de l’éducation de qualité,
Mesdames, Messieurs,

 C’est pour nous un grand honneur d’être ici cet après-midi pour la célébration posthume de l’esprit de feue Madame Véronique Seydoux-Rossillon, une humaniste, une bienfaitrice de Jacmel, une amie, une mère, un grand-parent.

Je voudrais, au nom de tous les Jacmèliens et de tous les bénéficiaires du Centre Alcibiade Pommayrac, institution d’enseignement secondaire présente dans la ville de Jacmel depuis 42 ans, souhaiter la plus cordiale bienvenue à la famille Rossillon qui a fait le déplacement de la France vers Haïti pour assister à cette cérémonie.  Mesdames, Messieurs, votre mère a fait œuvre qui vaille et tout Jacmel vous remercie de votre présence ici ce soir.

Madame Véronique Seydoux-Rossillon est arrivée à Jacmel dans les années 1970 avec son mari, Philippe Rossillon pour visiter leur ami, le Professeur Jean Claude, l’un des fondateurs du Centre d’Etudes à Port-au-Prince. Charmés par la beauté de Jacmel, Les Rossillon devinrent bientôt de vrais amants de cette ville et Madame Rossillon décida de s’associer avec son ami Jean Claude pour mettre sur pied le Centre Alcibiade Pommayrac. Vu qu’à l’époque le Lycée Pinchinat avait une pléiade de professeurs de carrière tels que MMmes Bonnard Posy, Marc Saint-Ange, André Neptune, Jimmy Plantin, Kesner Posy, Eda Lapierre, Madame Hector Lafontant, … pour ne citer que ceux-là, ils furent parmi les premiers à enseigner au Centre.  Et, il y avait beaucoup de coopérants aussi venant de France à travers les années : les professeurs, Boucheriau, Duong, Yves Fabre, Sibolt, Pachoud, Marie Barthe,  ….. Des professeurs chevronnés, incitant les élèves à mettre en exergue leur intelligence.

Les élèves étaient brillants et les professeurs au top de leurs jeux pédagogiques. Il faut croire que l’enseignement du Centre est utile pour avoir formé tant de gens qui travaillent dans tous les domaines : éducation, armée, police, santé, justice et jurisprudence,  télécommunication, vocations religieuses…

Le Centre Alcibiade existe depuis 42 ans bien sonnés à l’horloge de son existence et l’éducation reçue dans l’enceinte de cet établissement est une éducation internationale, humaine qui a permis à ceux qui ont pu obtenir des bourses ou aller vers l’extérieur de briller de tous leurs feux et, c’est toujours avec fierté que les anciens du CAP définissent la matrice nourricière, l’Alma mater qui  leur a permis de devenir des citoyens responsables.

L’esprit laïque qui prévalait dans les ambiances scolaires ont permis a permis que la tolérance soit une qualité que beaucoup d’entre nous avions appris à cultiver et sortir des carcans de l’intolérance et de l’obscurantisme qui prévalent toujours dans des petites villes de provinces. Nous devons beaucoup au Centre Alcibiade et notre reconnaissance va éternellement à notre fondatrice, Madame Véronique Seydoux-Rossillon.

L’ex-maire de Jacmel et sénateur du Sud-est, Mr Edwin Daniel Joseph Zenny, dit Edo, décora Madame Rossillon comme première citoyenne de Jacme parce qu’il avait le sens de cette reconnaissance posthume que nous manifestons tous aujourd’hui envers Madame Véronique Rossillon.

Nous promettons à la famille Rossillon que lorsqu’elle reviendra pour sa prochaine visite a Jacmel, un buste de leur maman sera inauguré sur la cour du Centre Alcibiade Pommayrac.

Nous souhaitons à tous de passer un agréable moment ce soir et de n’avoir que des idées positives car Madame Véronique Rossillon c’était la positivité qui a permis que tant de rêves deviennent réalités, que tant de jeunes aient pu bénéficier d’une bonne éducation. Nous célébrons sa vie : Jacmel Sursum Corda ! Feu Jean d’Ormesson a écrit : « Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants. » Madame Véronique Seydoux-Rossillon, vous êtes à jamais présente dans nos cœurs.

Mesdames, Messieurs, ce sont avec ces mots que nous commençons la cérémonie de la célébration de la vie de la bienfaitrice et la fondatrice du Centre Alcibiade pour sa générosité qui nous rappelle que nous sommes sur terre pour apporter un peu d’humanité autant que possible à tous ceux qui croisent notre chemin.

Nous ne saurions terminer nos propos sans adresser des remerciements spéciaux à Mesdames, Joan Dithny Raton, Sheila Zenny-Khawly, Medjine Jessie Raton-Zenny, Sénateur Edwin Zenny et d’autres anciens du Centre Alcibiade Pommayrac qui ont contribué à la réalisation de cet après-midi de reconnaissance à l’endroit de notre généreuse bienfaitrice. MERCI DE VOTRE PRECIEUSE COLLABORATION. Merci à la mairie de Jacmel qui nous reçoit à l’Hôtel de ville. Merci parce que vous allez donner le  nom de cette grande dame que nous pleurons, à une rue de la ville. Désormais le Lamandou aura sa rue  « Véronique  Seydoux Rossillon » près du Centre Alcibiade Pommayrac.

Merci

Jean-Elie Gilles, ancien du centre Alcibiade Pommayrac, promotion 1987-88

Après M. Jean-Elie Gilles, c’est Madame Lourdie César, Maire de Jacmel, qui a pris la parole.

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C’est pour moi un grand honneur de prendre la parole dans cette enceinte, à l’occasion de cette cérémonie pour célébrer la mémoire de feue Madame Véronique Seydoux-Rossillon, Humaniste, femme de cœur, bienfaitrice de Jacmel, fondatrice du Centre Alcibiade Pommayrac de Jacmel, mère et grand-mère.

Je voudrais profiter de l’occurrence pour souhaiter la plus cordiale bienvenue à Jacmel aux membres de sa famille ici présents et leur présenter de sincères condoléances au nom de la mairie et de tous les Jacmeliens et Jacmeliennes. Je vous demande, Mesdames, Messieurs, de vous lever pour que nous puissions prendre un moment de silence à la mémoire de Madame Véronique Seydoux-Rossillon. …….. Merci

Madame Véronique Seydoux-Rossillon est venue à Jacmel, après la construction de la route de l’Amitié pour laquelle son époux, Philippe Rossillon, avait fait des démarches auprès du gouvernement français et, l’Ambassadeur d’Alors, Bernard Dorin, grand amoureux de Jacmel comme Monsieur Rossillon apporta toute sa collaboration pour que notre patelin puisse devenir le bénéficiaire digne de cette route qui nous sert encore aujourd’hui.  Madame Véronique Rossillon eut donc l’idée géniale de contribuer à l’éducation de la jeunesse jacmelienne et haïtienne, en s’associant avec son ami, le Professeur Jean Claude, pour fonder le Centre Alcibiade Pommayrac de Jacmel.

Selon Confucius, philosophe chinois (551-479 av. J.-C.), « De l’éducation naît la confiance. De la confiance naît l’espoir. De l’espoir naît la paix. »

Madame Véronique Rossillon avait en vue cette définition de l’éducation puisque le Centre Alcibiade Pommayrac est, depuis 1976, une institution éducative de qualité ouverte à tous les Jacméliens, à tous les Haïtiens pour devenir ce foyer culturel national ouvert où l’apprentissage de la liberté, de la responsabilité citoyenne et du dialogue. Ce centre est devenu le creuset dur éveil des consciences des élèves qui ont eu le privilège de le fréquenter.  La formation que l’on reçoit au Centre Alcibiade Pommayrac est respectée partout en Haïti, à l’étranger et en France car, l’on sait que les élèves  y sont préparés non seulement pour s’approprier les sciences et les lettres  mais surtout les valeurs et les principes socioculturels  et mondiales qui doivent leur permettre de devenir des hommes et des femmes accomplis, capables de penser par eux-mêmes, en tant qu’ ambassadeurs de l’excellence, qui sentent au plus profond de leurs êtres, les peines et les luttes de leurs concitadins et concitoyens.

On rentre au Centre Alcibiade Pommayrac pour se transformer, à travers les règles rigides du savoir, du savoir-être, du savoir-vivre et du savoir-vivre-ensemble. Et, c’est ainsi que nous voyons nos enfants, nos frères, nos sœurs transformer dignement leur aimable adolescence et innocence en forte virilité humaine, éduqués pour jamais au sens de la justice afin de combattre pour l’équité de tous.  Au Centre Alcibiade Pommayrac, nos enfants apprennent à cultiver le goût du challenge, de l’indépendance intellectuelle, du mérite et, le sens de la responsabilité inculquée au cours des parcours du primaire et du secondaire permettent de mieux comprendre que cette formation n’est pas pour eux-mêmes mais pour qu’ils puissent mieux vivre avec les autres.

Mesdames, Messieurs,

Dans un monde où les identités se menacent d’une manière meurtrière, le Centre Alcibiade continue à prodiguer une instruction et une éducation ouvertes et accueillantes, comme levier d’identité haïtienne, en préparant des citoyens et des citoyennes du monde conscient de leur liberté, amoureux de la culture et des arts au carrefour des spiritualités vaudouesques, catholiques et protestantes. Voilà pourquoi nous rencontrons parmi les anciens élèves du Centre Alcibiade Pommayrac tant de défenseurs des dignités et des causes humaines. L’Education reçue au Centre Alcibiade Pommayrac reste et demeure une éducation moderne, dans un monde en pleine mutation dans le même esprit que les deux rapports phares de l’UNESCO, intitulés respectivement Apprendre à être (1972), ou « Rapport Faure », et L’éducation : un trésor est caché dedans (1996), ou « Rapport Delors » où les aspirations aux droits de l’homme et à la dignité humaine avaient déjà  permis de comprendre à cette époque ,  que les sociétés sont de plus en plus connectées malgré l’intolérance et les conflits qui restent omniprésents . Et, dès lors, les défis à relever sont de plus en plus exacerbés, les possibilités de mettre en place un développement durable passe par l’éducation. Une éducation qui va au-delà de la lecture, de l’écriture et du calcul, de l’analphabétisme et de l’illettrisme dans un environnement d’apprentissage propice au renforcement du caractère de l’apprenant, au renforcement de la justice, de l’équité sociale et de la solidarité mondiale.

C’est à cette vision humaniste du 20eme siècle de l’éducation considérée comme un bien commun essentiel que Madame Véronique Rossillon nous conviait tous et toutes, quand elle avait justement fondée le Centre Alcibiade Pommayrac.

Une éducation essentielle au cadre mondial, intégré des objectifs de développement durable avec au cœur le programme de transformer l’homme, susceptible de permettre à l’élève, futur citoyen responsable de s’adapter aux changements, afin de transformer le monde dans lequel nous sommes appelés à vivre.

Mesdames, Messieurs,

Une éducation de base à qualité supérieure constitue le fondement indispensable d’un apprentissage, tout au long de la vie dans un monde complexe en évolution rapide. Et, puisque la durabilité de cette éducation est d’abord la responsabilité qui incombe aux individus et aux sociétés d’agir en faveur de l’édification d’un avenir meilleur pour tous, aux niveaux local et mondial, un avenir où le développement socioéconomique repose sur la justice sociale et la gestion avisée de l’environnement, nous pouvons conclure que Madame Véronique Seydoux-Rossillon a bien mérité de la Patrie Haïtienne en fondant le Centre Alcibiade Pommayrac, et , son souvenir est a jamais gravé dans nos cœurs.

Que son âme repose en Paix !

 Jacmel, Sursum Corda !!!

 Après Madame Lourdie César, c’est M. Pierre-Miche Lafontant, Délégué du Sud-Est qui s’est adressé à l’assistance.

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C’est pour moi un grand honneur de prendre la parole à l’occasion de la cérémonie d’hommage à feue Madame Véronique Seydoux-Rossillon dont nous célébrons la mémoire aujourd’hui pour son œuvre, sa vision et son charisme au nom de l’éducation de qualité dans un pays comme le nôtre où ce concept est devenu presque lettre morte.

Mesdames, Messieurs,

Madame Véronique Seydoux-Rossillon nous a quittés, mais elle restera dans notre mémoire de peuple, de communauté en quête de survie pour une éducation de qualité une personnalité tutélaire dont l’histoire a déjà inscrit le nom dans les annales des grands noms de notre histoire. Aussi, chers membres de la famille de Madame Véronique Rossillon, nous voulons vous faire savoir, à travers l’hommage que nous rendons à votre mère et votre grand-mère aujourd’hui que nous, Jacméliens et Jacméliennes, partageons en filigrane vos sentiments d’affliction et de tristesse et vous assurons de notre plus vive sympathie.  A ces sentiments de peine que notre souvenir d’elle nous commande, il y a aussi de manière indissoluble le témoignage de notre respect, de notre reconnaissance et de notre admiration envers la bienfaitrice de notre ville qui, par la fondation du Centre Alcibiade Pommayrac, en 1976 a permis à des milliers de jeunes filles et de jeunes hommes de notre pays d’avoir accès a l’éducation de qualité, laïque, engagée envers le monde afin d’en faire des citoyens et des citoyennes du monde, imbus de leur responsabilité comme Elite . Pas une élite frimeuse et prétentieuse, mais une élite qui se met au service du monde, a l’instar de notre fondatrice dont l’humilité légendaire est devenue pour bon nombre d’entre nous source inspiration. Cette humilité, fruit de l’attachement de Madame Véronique Rossillon aux principes républicains de la servitude volontaire est aussi une inspiration pour nous tous, anciens et nouveaux élèves du Centre Alcibiade Pommayrac, Jacméliens, Jacméliennes, citoyens citoyennes d’un pays à court de modèles et, elle doit nous inciter à la sagesse.

Il ne suffit pas seulement d’évoquer ici ce que Madame Rossillon nous a légués en héritage, à travers l’éducation qu’elle a permis aux jeunes de notre ville d’en être les bénéficiaires, mais surtout ce qu’elle nous a   enseignés par son attitude, sa personnalité attachante, effacée, et pour tout dire, son œuvre est inséparable de ses qualités humaines exceptionnelles.

Sa sincère et profonde bienveillance, sa gentillesse sans afféterie, son sens exigeant de l’écoute et du dialogue va nous manquer à tous. Pour nous tous qui l’avons connu et aimé, elle n’était pas seulement la   fondatrice du    Centre Alcibiade Pommayrac mais cette grande dame, cette maman qui cultivait l’ouverture aux autres et à la jeunesse dont elle soutenait les projets. Elle n’aimait pas les idées toutes faites, parce qu’elle était attentive aux solides convictions pour mieux faire évoluer les positions dans des relations interpersonnelles totalement dépourvues de préjugés et de préconçus. Avec elle, pas question de tour d’ivoire éloignée des réalités du quotidien haïtien, voilà pourquoi elle conjuguait au plus haut point le sens de l’éthique de la compréhension de l’autre.

Nous sommes tous et toutes vivement très conscients et surtout reconnaissants de tout ce que la fondatrice de cette institution a pu faire pour notre communauté, et, d’une façon ou d’une autre, nous avons tous bénéficié de sa vision pour Jacmel et de son engagement humanitaire. Son départ vers l’Orient éternel ne rend pas seulement sa famille orpheline mais nous en sommes également.  Voilà pourquoi nous sommes conscients d’être, aujourd’hui, plus que jamais, les héritiers de sa bonté et de son humanité. Ce sont donc, par conséquent, ces sentiments qui doivent galvaniser notre fidélité et les affections filiales, hier, à sa personne et désormais à sa mémoire pour cet héritage de conviction et d’amour pour l’humanité dans le besoin.

Madame Véronique Seydoux-Rossillon, vous aviez offert à nos enfants, à nos frères et sœurs de toutes les couches sociales de Jacmel, l’éducation comme opportunité pour échapper à la pauvreté du jugement, au dénuement des situations sociales et humaines, nous vous en sommes éternellement reconnaissants.

Que la terre vous soit légère !

Sursum Corda !

 Après M. Pierre-Miche Lafontant, ce sont deux élèves de la promotion actuelle de terminale au CAP, Marc Jodel Alcindor et Wilder Fiéfé Jean, qui se sont adressé au public.

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 « Il pleure dans mon cœur.. » C’est ce magnifique poème de Paul Verlaine qui me vient à l’idée à l’occasion de cette cérémonie en l’honneur de Madame Rossillon, la fondatrice et mécène de notre collège. Comme vous le savez tous, le 23 juillet dernier elle nous a tiré sa révérence de façon inattendue. Nous avons perdu au centre notre mère spirituelle, notre maman. Ce brusque départ nous a pétrifiés et nous laisse décontenancés pour longtemps encore.

Voilà quatorze ans que je fréquente le Centre Alcibiade Pommayrac, quatorze ans déjà que je côtoie cette dame au grand cœur. Nous la rencontrions chaque année lors de ses traditionnelles visites. Toujours aussi discrète que possible, elle nous transmettait au cours de ses brèves apparitions en salle l’amour de l’éducation. Elle s’y prenait avec un respect et une attention des plus délicats, tout comme l’aurait fait une grand- mère avec ses petits-enfants.

Je dois avouer que le développement des communautés éducatives en Haïti nous laisse espérer l’apparition d’autres personnalités de l’envergure de Madame Rossillon.

Aujourd’hui très chère madame, nous voulons vous rendre hommage, non seulement pour la gentille et humble dame que vous fûtes mais également pour avoir à jamais marqué nos vies. Votre départ nous inflige une tristesse incommensurable. Cependant vous demeurez vivante dans nos cœurs.

Vous continuerez à marquer les générations à venir. La flamme de votre mémoire continuera à illuminer le Centre Alcibiade Pommayrac.

Merci  Madame !

 Après Marc Jodel Alcindor et Wilder Fiéfé Jean, c’est le poète et écrivain Maurice Cadet qui s’est adressé à l’assistance.

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 Aujourd’hui, j’ai la parole brassée dans les tonalités contraires, partagée entre cet hommage à une vie étincelante et cette note de tristesse qui décolore nos regards à chaque grand départ.

A Jacmel, le nom de Madame Véronique SEYDOUX-ROSSILLON nous est venu comme une parcelle d’étoile tombée du ciel. Un vrai conte de fée : on aurait pu dire : « Il était une fois une dame au noble cœur » avec une main tendue vers une humanité en pleine dérive. C’est arrivé sans les transes des attentes. Et la générosité fit le reste.

Ici s’arrête l’abrégé de cette belle histoire. Au fil des ans, l’œuvre de Madame Véronique Rossillon est devenue une imposante réalisation. Dans une ville qui voyait partir vers d’autres pays beaucoup de ses enfants, sans être capable de faire le moindre geste pour les retenir. Un beau matin, la grisaille se dissipa avec l’ouverture d’un établissement scolaire qui s’imposa, dès le départ, par la qualité de son enseignement et les exigences d’une discipline stricte. Tout ceci, grâce à une administration, dirigée de main de maitre, depuis la fin des années 1980 par deux enseignants de carrière : Monsieur Jean-Yves BOURCIER et Monsieur Gérard BORNE. Quelle belle trouvaille ! Je ne m’attarderai pas sur les débuts de ce beau projet. J’étais loin de Jacmel, bien engourdi dans les froidures du Québec, un coin de pays bien cher à Philippe Rossillon. De ce nouveau Centre d’Enseignement a Jacmel, j’en ai eu les bonnes nouvelles par l’entremise d’un vieux cousin, le Professeur Jean CLAUDE, également mon ancien prof. de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure de Port-au-Prince. Paix à son âme de vieux co-fondateur du Centre Culturel Alcibiade Pommayrac.

L’œuvre est immense. Le cœur de la Dame aussi. Et depuis, des générations de femmes et d’hommes formés sur les bancs du Centre Alcibiade Pommayrac se succèdent et se rencontrent au hasard de la vie, en évoquant le temps de leurs belles années dans cet établissement scolaire. Puis arriva le temps du grand défi. Celui de maintenir pendant toutes ces années la qualité de la formation académique de ces élèves et de leur donner une bonne discipline intellectuelle. A voir les résultats on peut dire aujourd’hui : Pari gagné !

Honneur et Respect aux Messieurs Jean-Yves BOURCIER et Gérard BORNE.

 Mesdames, Messieurs,

Je ne pose pas la question à savoir que serait devenu le monde scolaire de Jacmel sans la présence de cet établissement scolaire ? La réponse est évidente et ma petite coquetterie de poète ne cultive pas l’art des redites.

Dormez en paix, Véronique SEYDOUX-ROSSILLON. Bien avant la tombée du rideau, le public applaudissait déjà. Au nom de la ville de Jacmel, au nom de mes jeunes amis, anciens élèves de cet établissement, au nom des parents jacmeliens, je vous dis : MERCI Madame ROSSILLON.

Et avec la même ferveur, je dis aussi merci à la famille qui continue l’œuvre colossale de MADAME ROSSILLON. Vos noms resteront à jamais gravés dans les majuscules de l’Histoire de Jacmel et longtemps après nous, on parlera à Jacmel de la noblesse du geste.

Avec les sentiments de reconnaissance de toute la population de Jacmel. Bon retour chez vous.

Maurice Cadet, écrivain

 Après le poète et écrivain Maurice Cadet, c’est le Dr Emmanuel Ménard qui s’est adressé à l’assistance.

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Après le Dr Emmanuel Ménard , Mesdames Geneviève Rossillon-Londe et Suzanne Rossillon-Tardieu  ont pris la parole.

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Suzanne

Nous vous remercions pour ces mots, qui expriment de façon très juste l’engagement de Véronique Rossillon.

Notre grand-mère nous a quittés il y a maintenant deux mois et a été inhumée à Cazenac, en Périgord, dans le sud-ouest de la France. Néanmoins, l’hommage n’aurait pas été complet sans une cérémonie, à Jacmel, dans le sud-est d’Haïti, où elle laisse une partie de son âme.

La famille et les amis de Véronique auraient aimé venir aujourd’hui, car malgré sa grande discrétion et son humilité, elle ne faisait pas mystère de son attachement profond à Jacmel et au Centre Alcibiade Pommayrac. Ma sœur Geneviève et moi-même, Suzanne, portons la responsabilité de les représenter aujourd’hui, avec nos parents Kléber et Martine Rossillon.

Il y a plus de 40 ans, notre grand-mère a rencontré le Professeur Jean Claude, qui lui avait été présenté par son mari Philippe Rossillon. Convaincue des liens qui unissaient les pays francophones, elle a créé le Centre Alcibiade Pommayrac en 1976.

Pour nous, le CAP n’a d’abord été qu’un lieu mystérieux vers lequel notre grand-mère s’envolait deux fois par an. Quand elle rentrait de ses séjours à Jacmel, c’était toujours avec un “sac à malices”, dans lequel elle nous laissait piocher des merveilles colorées, bêtes imaginaires en bois ou papier mâché.

Dans sa maison en banlieue parisienne, nous regardions avec elle des épisodes de la Famille Lamitié, la méthode d’apprentissage du français bien connue des élèves du Jardin d’Enfants.

Plus tard, quand nous fûmes en âge d’entrer au collège, grand-mère s’intéressait à nos programmes scolaires et testait nos connaissances, pour conclure invariablement : mes élèves haïtiens sont bien meilleurs.

Et puis, il vint un jour où elle nous estima prêtes à l’accompagner ici. En la suivant dans ses virées dans Jacmel, nous avons été présentées comme ses pitit pitit et nous avons compris à quel point elle se sentait ici chez elle.

Geneviève

Mais surtout, en observant ses inspections méticuleuses du CAP, nous avons pris conscience de son œuvre. Ce qui n’était encore que récits de voyage et théories sur l’éducation sont devenus une réalité. Nous avons pu voir ce qu’était la “belle éducation” donnée aux élèves d’Alcibiade : le goût de l’effort, l’esprit critique, la confiance en soi pour donner le meilleur de soi-même et l’exigence qui permet de se construire. Et nous avons compris tout ce qu’il fallait de persévérance, de culot et d’enthousiasme pour faire vivre le CAP.

Aujourd’hui, nous rendons hommage à notre grand-mère mais nous formulons aussi une promesse d’engagement.

Véronique Rossillon s’inquiétait du sort du CAP après sa disparition.

Il y a quelques années, elle a constitué un conseil d’administration chargé de poursuivre son action.

Avec notre sœur Marguerite, M. Zumbiehl et Mme Hyest, nous sommes honorés qu’elle nous ait  confiés de prendre sa suite.

Grand-mère a fondé cette école avec la conviction que l’éducation pouvait changer des vies et ne se limite pas à ce qui se passe à l’intérieur d’une salle de classe. A Alcibiade, tout l’environnement a été façonné par elle, de la cantine au choix des arbres. Soucieuse du bien-être de tous, elle conversait avec les jardiniers, les cuisinières, les gardiens et le personnel administratif.

Nous ne serons pas trop de cinq pour prendre sa relève. 

Il y a 3 semaines, 850 élèves ont repris le chemin de l’école pour venir remplir les classes du jardin d’enfants au secondaire. Même si cette institution est désormais orpheline, ce rituel de la rentrée des classes se répètera encore des dizaines de fois, 

Car fidèles à notre grand-mère et au personnel du centre Alcibiade qui ne se sont jamais découragés devant les difficultés, nous ferons nôtre la devise du CAP : “Haut les cœurs” !

SURSUM CORDA !

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Madame Véronique Seydoux-Rossillon

Pour sa contribution à l’éducation de qualité en Haïti, par la création du Centre Alcibiade Pommayrac de Jacmel qui forme les élites de cette ville depuis 1976.

Merci pour tout !

La ville de Jacmel vous est à jamais reconnaissante

 Fait à Jacmel, le 17 septembre 2018

Anciens élèves du CAP 1976-2016

 

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Vue partielle de l’assistance à la mairie

 

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Animation musicale : Les frères Benoit et Jacmelian Brass

 

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La Mairie de Jacmel a donné le nom de Madame Rossillon à une rue mitoyenne, au sud des locaux du Centre Alcibiade Pommayrac.

 

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