19 novembre 2014 – 5 février 2015 « Haïti, deux siècles de création artistique » au Grand Palais à Paris : la potion magique

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19 novembre 2014 – 15 février 2015
Grand Palais à Paris
du jeudi au lundi de 10h à 20h
mercredi de 10h à 22h


L’exposition "Haïti, deux siècles de création artistique" a ouvert ses portes le mercredi 19  novembre au Grand Palais à Paris.

 

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Bawon de Myrlande Constant

 

"L’art, potion magique" en Haïti, c’est pour Maryse Condé une évidence. La romancière guadeloupéenne voue une profonde admiration à ce pays unique, première République noire, fière et indépendante. "Lors du terrible tremblement de terre qui ravagea Port-au-Prince en janvier 2010, le monde entier s’étonna, écrit Maryse Condé dans la présentation de l’exposition au Grand Palais à Paris. D’où les Haïtiens puisaient-ils leur exceptionnelle opposition à la mort ? Une théorie se fit jour à New-York. C’était là l’effet de l’art, répandu à profusion dans l’île. (…) Une potion magique".

Cette exposition est dédiée à la création artistique haïtienne, du XIXème siècle à nos jours. Autour d’un noyau d’œuvres contemporaines, certaines réalisées spécifiquement pour l’occasion, elle présente des temps forts de l’histoire de l’art haïtien, et propose de porter un nouveau regard sur cet art.

L’exposition a pour objectif de dépasser les stéréotypes de la peinture naïve et de transcender la vision magico-religieuse et exotique trop souvent associée de manière restrictive à l’art haïtien. Sans écarter les influences syncrétiques des symboles chrétiens, maçonniques et vodou sur l’imaginaire collectif, l’exposition rend compte de l’extraordinaire vitalité de la création artistique, où tout se métamorphose en toutes circonstances, où se côtoient de manière singulière le « pays réel » et le « pays rêvé ».

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Préfète Duffaut : Mon cercueil, 1998. Acrylique sur bois. 206 cm x 61 x 43. Photo José Azor

 
La scénographie laisse une large place aux artistes contemporains de toutes générations vivant en Haïti (Mario Benjamin, Sébastien Jean, André Eugène, Ronald Mevs, Frantz Jacques dit Guyodo, Celeur Jean-Hérard, Dubréus Lhérisson, Patrick Vilaire, Barbara Prézeau, Pascale Monnin…), en France (Hervé Télémaque, Elodie Barthélemy), en Allemagne (Jean-Ulrick Désert), en Finlande (Sasha Huber), aux États-Unis (Edouard Duval Carrié, Vladimir Cybil Charlier), au Canada (Marie-Hélène Cauvin, Manuel Mathieu). À l’extérieur du Grand Palais, les visiteurs sont accueillis par une sculpture monumentale d’Edouard Duval Carrié.

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Céleur Jean Hérard et ses oiseaux migrateurs au Grand Palais
Claude Bernard Sérant

Aux lendemains de l’Indépendance d’Haïti, au début du XIXème siècle, des académies de peinture sont créées par les dirigeants de la première République noire du monde. Animées pour la plupart par des peintres européens, elles donnent naissance à l’art du portrait (Colbert Lochard, Séjour Legros, Edouard Goldman), consacré essentiellement aux hommes et femmes de pouvoir confrontés à la nécessité de se construire une identité historique.

Cette tradition du portrait officiel sera ensuite interprétée, sous forme de satire, pour témoigner du climat politique tourmenté d’Haïti.

Fondé en 1944, le Centre d’Art de Port-au-Prince, devient le lieu emblématique de la vie artistique haïtienne. Avec une rare puissance évocatrice, les artistes populaires font irruption dans la ville et forcent à la reconnaissance de leurs sensibilités (Hector Hyppolite, Philomé Obin, Préfète Duffaut, Wilson Bigaud, Robert Saint-Brice). En forme de dissidence, les années 50 voient naître un nouvel élan créatif avec l’ouverture du Foyer des arts plastiques, puis de la galerie Brochette. Des artistes, parmi lesquels Lucien Price, Max Pinchinat, Roland Dorcély… en quête de nouveaux paradigmes, explorent alors les voies de l’abstraction et du surréalisme dans un contexte d’échanges permanents avec les artistes ou les intellectuels américains et européens.

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Paradis terrestre de Wilson Bigaud, 1952 Port-au-Prince

 

Dès la fin des années 1950, les villes haïtiennes, victimes de l'exode rural, tentent de faire face aux flux de nouveaux habitants en repoussant leurs enceintes, corrompues par le chaos urbain et la misère. Dans ce contexte de précarité et d'exclusion, apparaissent des micro-formations portées par des artistes, qui transmettent à leur entourage force de vie et de création. Organisées sur le modèle de la vieille communauté rurale et patriarcale lakou, ces groupements artistiques, aussi appelées villages culturels ou villages artistiques, se présentent comme des poches de résistance face à une réalité désenchantée. Si elles partagent le but de transcender le chaos, chacune arbore néanmoins son originalité et sa singulière expression plastique.

Ainsi la communauté de Bel-Air et ses figures emblématiques, Pierrot Barra et David Boyer, réunit-elle de nombreux centres vaudous, qui maintiennent vivant des savoir-faire liés aux rituels sacrés. Non loin de Port-au-Prince, le village artistique de Noailles se fédère en 1953, autour de l'atelier du forgeron Georges Liautaud.

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Bosou, Georges Liautaud, vers 1960 © Dominique Franck Simon

 

Depuis la fin du XXème siècle, la concentration urbaine à Port-au-Prince et l’effervescence qui parcourt la société haïtienne a favorisé l’émergence d’une esthétique contemporaine à travers la peinture, le dessin, l’installation, la vidéo, la sculpture d’objets recyclés.

 

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André Eugène : Legba, 2005. Bois, pneu, et métal recyclé. 514 cm x 262 x 108. Photo José Azor

 

60 artistes et plus de 180 œuvres 

Avec  près de 60 artistes et plus de 180 œuvres provenant de collections publiques ou privées haïtiennes (Musée du Panthéon national haïtien, Musée d’art haïtien du Collège Saint-Pierre, Bibliothèque des Pères du Saint-Esprit, Loge L’Haïtienne du Cap-Haïtien, Fondation FPVPOCH / Marianne Lehmann, Fondation Culture Création), françaises (Château de Versailles, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, Musée d’art contemporain de Marseille), américaine (Milwaukee Art Museum), l’exposition du Grand Palais présente une création artistique dégagée de tout cadre rigide, mêlant sans difficulté poésie, magie, religion et  engagement  politique.

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Dubréus Lhérisson, Sans titre, 2012-2013

 

 

 

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Pascale Monnin. Port-au-Prince. Eustache ou l’Éloge de la complexité. 2013-2014 Installation mobile (3 éléments), tête de cerf, tête de cabri, miroir, tissu, métal, perle, céramique, lumière, moteur. Collection Monnin

 

Chèf  yo, santit yo et tètatèt

Pour présenter ces deux siècles de création artistique, les deux commissaires, Mireille Pérodin Jérôme et  Régine Cuzin , ont choisi d’organiser l’exposition   en quatre grandes sections  : les chefs (chèf yo), les sans titres (santit yo), les esprits (lespri yo) liés au vaudou, au catholicisme et à la franc-maçonnerie et enfin les paysages (peyizaj yo). Elles  se sont aussi  amusées  à créer plusieurs  tête-à-tête (tetatet) entre  artistes.  Jean-Michel  Basquiat  de père haïtien et  vivant  à New-York  se  trouve ainsi confronté à  Hervé Télémaque installé depuis longtemps à Paris.

Cette exposition ne répond pas à un parcours chronologique, ni  à une déclinaison des grands courants de l’art haïtien, mais plus à une approche rhizomique de ces deux siècles de création artistique : « une sorte de chaos organisé où l’on doit cheminer pour découvrir des espaces qui se répondent, et « re-voir » ainsi Haïti. »

Une place de choix a été accordée aux artistes de l’abstraction, dénigrés durant la suprématie du marché de l’art naïf, et  aux artistes contemporains. Parmi eux on compte des œuvres monumentales, sonores, visuelles, qui réinventent l’imaginaire merveilleux d’Haïti.

 

Expo 4

King of the Zulus de Jean-Michel Basquiat - La Terre couchée d’Hervé Télémaque

 

 

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Patrick Vilaire, Le Fossoyeur Claude Bernard Sérant – Le Nouvelliste

 

 

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Le peintre Patrick Vilaire et la commissaire de l’exposition, Mireille P. Jérôme
Claude Bernard Sérant – Le Nouvelliste

 

 

Expo 2

Hervé Télémaque : la terre couchée, 1985.Huile sur toile et tôle récupérée, triptyque. 175 cm x 800. Paris, musée d'Art moderne / Roger Viollet / Adagp, Paris 2014

 

 

Expo 1

Mario Benjamin au Grand Palais en compagnie de Barbara Prézaut
Claude Bernard Sérant- Le Nouvelliste

 

 

Expo12

Fritzner Lamour, Poste Ravine Pintade, vers 1980 Huile sur toile — 51 × 61 cm © Galerie Monnin, Port-au-Prince

 

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