02/2011 – Rencontre avec Régis Debray et Dominique Batraville

Regis Debray et Dominique Batraville

Régis Debray et Dominique Batraville se sont longuement entretenus avec les classes de philo, rhéto et seconde dans la salle Professeur Jean Claude le 2 février 2011 à l'occasion de leur venue à Jacmel dans le cadre du  festival Etonnants Voyageurs.
Arrivé la veille à Port-au-Prince, Régis Debray s'est rendu au C.A.P. (où il était déjà venu) avec un sac rempli des oeuvres de Jacottet et Rabelais au programme cette année là.

Philosophe, médiologue, essayiste, écrivain, chroniqueur, Régis Debray est agrégé de philosophie. Parti à Cuba en 1965, il suit le guerillero Che Guevara en Bolivie où il est capturé par les forces gouvernementales. Il échappe à la mort grâce à une campagne internationale orchestrée par Jean-Paul Sartre et sera libéré au bout de 4 ans de captivité. A sa libération, il rencontre Salvador Allende et Pablo Neruda au Chili.
De 1981 à 1985, il est chargé de mission pour les relations internationales auprès du président François Mitterrand. En 2011, il est élu membre de l'Académie Goncourt.
Pour lui il n'y a pas de société sans transcendance et une humanité sans croyance est réduite à l'animalité. Il analyse l'impact des médias, de la communication et fonde les Cahiers de médiologie.
Régis Debray a publié plus d'une cinquantaine d'ouvrages dont LA NEIGE BRULE (prix Femina), DIEU : UN ITINÉRAIRE, L’OBSCÉNITÉ DÉMOCRATIQUE, ÉLOGE DES FRONTIÈRES,  JEUNESSE DU SACRE. L'enjeu de son essai LE MOMENT FRATERNITÉ c'est de sortir du "moi, je" pour faire revivre un "nous" sincère et audacieux. A l'en croire c'est la fraternité qui est notre nouvelle urgence.

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Régis Debray

Dominique Batraville est né à l'Arcahaie. Poète, journaliste, critique d'art, comédien et surtout globe-trotter infatigable, il rédige des chroniques dans LE  NOUVELLISTE. Recueils de poésie,  contes pour enfants, nouvelles ou pièces de théâtre, son œuvre est variée. Il a publié plus de 20 ouvrages dont L'ARBRE QUI SAIGNE, LETTRE AU BONDIEU POUR DANSER AU MARDI-GRAS, ÉLÉGIE DE PORT-AU-PRINCE, ou L'ARCHIPEL DES HOMMES SANS OS. Le recueil de nouvelles POTRE VAN LAN SEVOLAN LAKANSYEL a été récompensé par le prix Sony Rupaire en Martinique en 1997.
Dominique Batraville a participé à une dizaine de films dont ROYAL BONBON de Charles Najman, Prix Jean Vigo et L’ÉVANGILE DU COCHON CRÉOLE de Michelange Quay sélectionné au festival de Cannes en 2004.
Il voyage fréquemment aux Antilles, en Amérique et en Europe soit pour des tournages, des rencontres littéraires ou pour y recevoir des prix.

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Dominique Batraville dans Royal Bonbon

"(...) Un échange d'une liberté surprenante se déroule entre Debray et Batraville. Le premier est passionné par l'érudition phénoménale du poète aux allures de maudit, évoquant son passé psychiatrique et la précarité de sa situation, mais aussi les temps meilleurs qui s'annoncent... Batraville évoque sa position en faveur d'Aristide, précise que, dans le contexte de sa chute en 2004, il n'était pas "du côté de monsieur Debray"... "Merci de ta sincérité, lui répond Debray, qui en profite pour lever un malentendu : "Il ne faut pas faire de moi quelqu'un qui a soutenu l'intervention occidentale dans le renversement d'Aristide" et de citer Lamartine qui parlait déjà, pour l'Orient, du "faux devoir de civilisation" : "Je ne suis pas un occidentaliste ou un colonialiste déguisé !" proteste-t-il.
Les questions fusent. "Vous qui avez été compagnon de Fidel Castro et du Che, n'êtes-vous pas désillusionné ?" "On passe d'un extrême à l'autre, répond l'intellectuel. On idolâtre, puis on détruit. Je suis aujourd'hui dans le juste milieu entre l'idolâtrie du passé, qui était à la mode, et l'exécration d'aujourd'hui, tout aussi à la mode."
Qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager ?" demande un autre. Sourire. Un souvenir resurgit dans sa mémoire, on le voit presque : "C'était il y a cinquante ans... En 1961, avec Bernard Kouchner, nous sommes venus frapper à la porte de l'ambassade de Cuba, 60, avenue Foch, au moment de l'invasion américaine, pour nous porter volontaires. Nous étions nourris de l'image de la guerre d'Espagne, de Mourir à Madrid de Rossif, du mythe des brigades internationales, nous pensions pouvoir passer au-dessus du stalinisme, nous croyions en les paysanneries du Sud face à la déception venue du prolétariat."
Les élèves sont d'une attention totale, boivent les paroles. "Vous avez du mal à l'imaginer, poursuit Debray, puisque Obama est dans le rôle du bon aujourd'hui, mais à l'époque, Kennedy était le méchant et Castro le bon !"
La fatigue du décalage se fait sentir... Tant de questions encore... Gérard Borne, directeur du lycée, invite l'écrivain à revenir pour un séminaire de six mois ! Pour aujourd'hui, Régis Debray n'entend plus que l'appel de la mer dans laquelle il va se plonger, là où Haïti se dévoile autrement que ce que l'on croit savoir d'elle, dans la beauté d'un rivage.(...)"
Lisez l’article en entier sur lepoint.fr :
> Régis Debray face aux lycéens haïtiens

Autres articles sur cette journée :
>La-croix.com: Une journée tranquille en Haïti
>Lexpress.fr: Haïti et les écrivains, une histoire d'amour

Pour en savoir plus sur Régis Debray et Dominique Batraville :


Régis Debray - La matinale - 12-04-13 par francemusique

Pour lire l'article lié à cette vidéo : Régis Debray - « La mémoire est révolutionnaire. »


Dominique Batraville, 5 Questions pour Île en île par ileenile